Quand les partis flamands nous font la leçon


Comme l’écrit Luc Van der Kelen, aujourd’hui, dans le «Laatste Nieuws», en élisant contre toute attente Alexander De Croo à leur présidence, les membres de l’Open VLD ont pris «le risque du changement sans garantie de résultat».

Bien sûr, le fils de Herman De Croo bénéficiait de l’impact de son nom de famille, même si l’étiquette belgicaine accrochée à son père était peut-être lui autant un handicap qu’un avantage. Et il fallait donc oser élire, pour piloter le parti libéral flamand, un jeune trentenaire, doté d’une expérience politique très limitée, contre un adversaire, Marino Keulen, qui pouvait, lui se targuer d’une vingtaine d’années de politique active, dont les dernières comme ministre flamand des Affaires intérieures.

Alexander De Croo joue gros, car l’Open VLD reste sur plusieurs défaites électorales consécutives. Mais d’un autre côté, il ne pourra pas faire pire que son prédécesseur, Bart Somers. D’autres hommes d’affaires qui, comme lui, se sont lancés en politique avant lui (de Jean-Pierre Van Rossem à Roland Duchatelet) ont connu des fortunes diverses, mais qui ont toutes tourné au fiasco. Le citoyen de Brakel a sur eux l’avantage de connaître le milieu, par expérience familiale,  et de savoir donc où il met les pieds.

Cette élection a en tout cas été précédée d’un vaste débat interne à l’Open VLD. Avant le premier tour, Alexander De Croo, Marino Keulen, et la «troisième larronne», Gwendolyn Rutten, ont battu la campagne; puis, entre les deux tours, les deux finalistes ont également rencontré nombre de militants. Le virage opéré par l’Open VLD l’a été en toute connaissance de cause.

C’est l’occasion de constater le gouffre qui existe entre partis flamands et partis francophones. L’Open VLD n’est pas le seul à avoir changé de président; le sp.a l’a fait avant lui. Et les «Verts». Et le CD&V. Sans compter les fachos du Vlaams Belang, aujourd’hui secoués par des conflits internes, ce dont nul ne se plaindra.

Dans le même temps, à l’exception, relative, d’Ecolo, les présidents des partis francophones sont restés inamovibles. Elio Di Rupo se fait réélire de scrutin interne en scrutin interne, au mépris, parfois, des statuts du PS, en veillant à n’avoir pour adversaire que des opposants qu’il peut défaire facilement. Didier Reynders s’est fait replébisciter par le MR l’an dernier, ce qui ne l’a pas empêché d’être gravement contesté… mais d’être maintenu après l’échec électoral libéral de juin dernier. Olivier Maingain a étouffé toute opposition au sein du FDF. Et que dire de la comédie électorale que vient d’organiser le cdH, où Joëlle Milquet entendait bien rester en place, mais a feint de vouloir sortir pour pouvoir mieux différer son départ, au bénéfice de Benoît Lutgen, dont on a invoqué le manque d’expérience pour justifier l’opération. À la lumière de l’élection d’Alexander De Croo, l’argument fait encore plus rire!

Cette main-mise des président(e)s de partis francophones n’est pas vraiment rassurante, car en étouffant tout débat, c’est la sclérose de la vie politique qu’ils assurent. Peut-être, dans le même temps, les lieux de pouvoir se sont-ils déplacés des partis vers les exécutifs, côté flamand? Mais dans le fond, n’est-ce pas là le lieu naturel d’exercice du pouvoir? La «particratie» a été suffisamment décriée, pour qu’on ne salue pas ce retour vers un fonctionnement normal des institutions. Dommage que ce soit de l’autre côté de la frontière linguistique…

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