Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…


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Décidément, il n’y en a plus que pour «Bye bye Belgium» pour l’instant! Surfant sur la vague d’incompréhension du public francophone devant les difficultés politiques actuelles, les pontes de la RTBF et les auteurs de l’émission-canular du 13 décembre 2006 ont, le jour anniversaire de leur «coup fumant» fait largement diffuser le DVD de l’émission en profitant du soutien de certain journal qui avait oublié son ton critique de l’année précédente, et, surtout, ont ressorti un nouvel ouvrage sur le making of (pardon, Etiemble!) de l’émission, ouvrage qui va faire l’objet d’une séance de dédicaces, annoncée à grands renforts de publicité, à la prochaine Foire du livre!

Dans ces conditions, il est devenu de mauvais ton de répéter les réserves et les critiques formulées, dès le départ, non seulement sur le dérapage déontologique commis, en décembre 2006, par les responsables du projet, mais aussi et surtout sur l’exploitation commerciale qui en était faite par la chaîne publique. Un billet d’humeur signé par Martine Simonis, la secrétaire générale de l’Association des Journalistes Professionnels francophones et germanophones, et de l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique dans l’avant-dernier numéro du mensuel de l’Association lui vaut, dans le numéro de ce mois-ci, une double volée de bois vert.

Éric Deffet, ancien président de la Société des Journalistes Professionnels du Soir (SJPS), et aussi membre éphémère du conseil de direction de l’AJP se fend d’un «poulet», où il fustige, dans le chef de Martine Simonis, «la critique en chambre, qui est l’arme des faibles»! Pour qui connaît l’engagement sans faille sur le terrain de l’infatigable combattante des droits des journalistes, l’argument paraît assez risible.
Plus avant, mon confrère cite, parmi les effets bénéfiques de l’émission, «les échanges de journalistes flamands et francophones (NDLR: qui avaient démarré bien longtemps avant «Bye bye Belgium», sous l’égide de la Fondation Prince Philippe et de notre ancien confrère Guido Fonteyn), les efforts rédactionnels communs entre le Nord et le Sud (NDLR: dont le «Soir» s’est, avec le «Standaard», un peu hâtivement paré des plumes du paon. Les deux quotidiens bruxellois s’inscrivaient ainsi à contre-courant du propos de l’émission-bidon de la RTBF, ce qui n’a pas empêché le «Soir», en décembre dernier, de se faire un maximum de fric en proposant le DVD de l’émission…), la place accordée aux citoyens sur les plateaux des grands débats télévisés (NDLR: une mode qui avait déjà pris cours dans le prolongement de la Marche blanche)» et, dans la foulée, de façon un peu audacieuse, «le succès extraordinaire des « chats » et des forums sur les sites internet des médias, qui montrent que le public se réapproprie l’information». Des signes, pour l’ancien ombudsman du «Soir», qui donnait le plus souvent raison au quotidien de la rue Royale contre ses critiques, d’une «chance historique pour notre profession» que seuls «des esprits chagrins que l’audace rebute et que l’originalité effraie» ne perçoivent pas: rien moins que cela! Ce sont, conclut Éric Deffet, des «fossoyeurs d’une presse moderne, inventive et en perpétuelle évolution»! Fermez le ban!

Moins véhément, mais peut-être plus efficace, André François, secrétaire de rédaction à la RTBF, rappelle, lui, que «Bye-bye Belgium» a été retenue, en mai 2007, par l’officiel Festival international des Télévisions publiques comme l’un des meilleurs programmes mondiaux des télévisions publiques de l’année. Cet organisme, rappelle notre éminent confrère, couronne, depuis plus d’un quart de siècle, «les programmes des télés publiques qui ont manifesté, quant au fond et à la forme, les signes les plus évidents d’originalité, de créativité, de prises de risques, de courage, et d’anticonformisme». L’AJP, informée de cette distinction, l’aurait tue volontairement, signale André François. Si tel est le cas, je le déplore personnellement. Cela posé, personne n’a jamais contesté que «Bye-bye Belgium» a été, de fait, une émission originale, créative, et anticonformiste. Le seul problème est que cette émission était une émission de fiction, et non d’information, comme le rappelle Philippe Lamotte, dans le même dernier numéro de «Journalistes», le mensuel de l’AJP. «L’émission de la RTBF fut une réussite commerciale et médiatique, mais – désolé – pas journalistique» commente-t-il simplement. Disant tout en peu de mots…

Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…, dit la sagesse populaire. L’adage se vérifie une nouvelle fois avec l’émission-bidon du 13 décembre 2006. Et à mesure que, à coups de pub’ savamment orchestrés, se développe ainsi l’aura de «Bye-bye Belgium», les critiques de la démarche se voient cloués au pilori, comme l’avait fait Philippe Dutilleul, dès la présentation de son ouvrage.

Peu importe, bien sûr. Si la critique en chambre est l’arme des faibles, comme l’affirme Éric Deffet, l’injure, qu’il manipule, l’est tout autant. Reste une question décisive: si la RTBF est aussi droite dans ses bottes que certains, en son sein, l’affirment, comment expliquer que la chaîne publique freine ainsi des quatre fers pour empêcher la mise sur pied, en Belgique francophone, d’un Conseil de Journalisme, qui pourrait en toute indépendance se prononcer sur le caractère déontologique ou non d\’une émission comme «Bye-bye Belgium»?

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