Un combat sans cesse renouvelé pour une liberté fondamentale


1204540937-sc-431
Soirée-débat très intéressante, l’autre jeudi, au Club de la presse de Lille (www.clubdelapressenpdc.org), sur un thème toujours d’actualité: la protection des sources journalistiques.

Certes, chez nous, en Belgique, le sujet est moins brûlant depuis l’adoption d’une loi exemplaire en la matière: la qualification est de Me Emmanuel Riglaire, avocat au Barreau de Lille, grand connaisseur de notre loi, qui l’a beaucoup intéressé tout autant en sa qualité de spécialiste du droit de la presse qu’en celle de proche voisin de notre pays. C’est avec ma double casquette d’ancien président de l’AGJPB, et de vice-président de la FEJ que j’avais été invité à apporter ma (modeste) contribution au débat. Pour la Fédération Européenne des Journalistes, le combat pour la protection des sources journalistiques est une lutte ancienne et toujours renouvelée: les attaques contre ce droit fondamental des journalistes à taire leurs sources confidentielles sont monnaie courante en Europe et particulièrement en France. En a encore témoigné en décembre dernier la garde à vue imposée à Guillaume Dasquié, collaborateur indépendant du «Monde», pour des papiers qu’il avait écrits des mois auparavant, et qui montraient que les services secrets français avaient été informés des projets d’attentats d’Al Qaïda bien avant le 11 septembre 2001. L’exposé de Guillaume Dasquié aux collègues nordistes était lourd d’enseignements, notamment sur l’absence de solidarité professionnelle qui frappe le plus souvent les pigistes, fussent-ils de renom, confrontés à une perquisition policière, mais aussi sur les étranges relations nouées par les services avec certains journalistes, recrutés comme taupes au sein des principales rédactions!

Très inquiétante, également, l’anecdote rapportée par Emmanuel Riglaire. Nous savons tous que les pressions exercées sur des journalistes pour qu’ils/elles révèlent les noms de leurs informateurs confidentiels ne visent pas que les stars ou les cow-boys de la profession. Mais il m’était tout de même difficile d’imaginer, comme l’a rapporté l’avocat lillois, par ailleurs conseil de La Voix du Nord qu’un journaliste localier auteur d’un article sur un village du Cambrésis qui aurait déplu à la majorité en place, puisse se voir frappé d’une plainte du maire de cette commune auprès de la gendarmerie! Et que la maréchaussée, ensuite, convoquerait le journaliste, pour, évidemment, lui demandait de qui il tenait les informations qui avaient déplu au maire en question. En l’occurrence, l’affaire a vite été réglée: contacté par l’avocat, le procureur a stoppé une procédure qui s’annonçait ridicule, concernant un papier ni offensant ni diffamatoire. Mais on peut imaginer qu’une telle audition aurait marqué le journaliste et modifié sa façon de travailler, a commenté Me Riglaire.

Une loi peut être un barrage efficace contre ce type de pression: c’est ce que j’ai eu l’occasion d’expliquer aux collègues lillois. À condition qu’à l’exemple de la loi belge, elle ne prévoie qu’une exception strictement balisée au principe général de protection des sources: celle de la prévention d’actes portant atteinte grave à l’intégrité physique des personnes. C’est la seule qu’admet la Cour Européenne des Droits de l’Homme, mais l’expérience démontre que les magistrats européens ne se soucient généralement guère de la jurisprudence de Strasbourg. Ils ne sont pas les seuls: rares sont les politiques à vouloir effectivement consolider cette «pierre angulaire de la liberté de la Presse» comme l’ont qualifiée les magistrats strasbourgeois: le projet de loi actuellement par la ministre française de la Justice, Rachida Datti, préoccupe, à juste titre, nos confrères. Car les exceptions qu’elle prévoit sont à la fois trop nombreuses et difficiles à mettre en œuvre. Et dans ces conditions, une absence de loi peut se révéler plus favorable qu’une mauvaise loi…

Faut-il encore se rendre compte que la loi peut être contournée: un magistrat peut prendre le risque d’une perquisition qui sera frappée de nullité. Entre-temps, elle lui aura permis de se procurer l’information que le journaliste voulait protéger…

Aussi l’arme essentielle pour la défense de notre liberté, là comme ailleurs, réside-t-elle dans la solidarité professionnelle. La trentaine de collègues nordistes présents à cette soirée-débat ne devaient pas en être convaincus: ils nous reste tous à en persuader nos consœurs et nos confrères. Et, en Belgique, à rappeler à tou(te)s que les menaces, de détention ou d’inculpation par exemple, sont vaines: la loi sur la protection des sources journalistiques est là pour nous protéger. Et elle a un caractère exemplaire!

(photo: Gérard Rouy)

Une réflexion sur “Un combat sans cesse renouvelé pour une liberté fondamentale

  1. Vive la liberté d’expression, et une granse pensée pour Ingrid Betencourt, ainsi qu’à tous les journalistes, et tous les otages prisonniers dans le monde.
    Chapeau les journalistes.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s