Flirt « Le Soir »-« De Standaard »: mystification fouronnaise…


En réaction au fameux faux JT de la RTBF du 13 décembre dernier, qui annonçait l’indépendance unilatérale de la Flandre, les médias francophones se sont précipités dans les bras de leurs homologues flamands. Et la relation la plus durable semble s’être établie entre « Le Soir », et « De Standaard », deux journaux pourtant présents dans deux groupes de presse différents et concurrents, du moins en Belgique francophone, comprenne qui pourra…
L’essentiel n’est toutefois pas là, mais dans la question: les échanges d’articles auxquels les deux journaux procèdent conduisent-ils leurs lecteurs à mieux appréhender le point de vue de l’autre communauté linguistique? À en juger à l’aune d’un papier consacré à la justice de paix de Mouland, à Fourons, ce n’est pas vraiment la conclusion qu’on peut tirer. Pire, on doit parler de mystification…

Première incongruité: le reportage réalisé sur place par un journaliste vespéral, par ailleurs spécialiste de la problématique fouronnaise, est présenté dans « De Standaard » « Van onze redacteur…« . Sauf à admettre qu’entre la rédaction de son papier pour le « Soir » et sa publication, le 3 avril, dans les deux quotidiens, ce journaliste ait changé d’employeur, on doit admettre qu’il y a déjà là tromperie sur la marchandise, dans le quotidien néerlandophone: ce n’est pas un de ses journalistes qui est allé enquêter à Mouland.

Deuxième évidence: le titre de l’article a été modifié. Là où « Le Soir » titre « Les francophones discriminés« , le « Standaard », pour le même article, titre « In Voeren klinkt het recht in twee talen« , « À Fourons, le droit se décline en deux langues » (traduction libre). Sachant que, comme on l’explique à tout étudiant en journalisme, le titre véhicule le message essentiel de l’article, il apparaît nettement que, de la rue Royale à Grand-Bigard, le message essentiel du papier a été radicalement transformé. Avec le consentement de l’auteur?

La comparaison d’un autre point d’accroche confirme le renversement de sens: l’intertitre du papier du « Soir » annonce « Une souplesse pas garantie » dans l’administration de la justice à Fourons; l’exergue du même papier dans le « Standaard » rappelle que « Le pisciculteur qui avait tiré sur des manifestants flamands (a été) acquitté »: « Viskweker die op Vlaamse betogers schoot, vrijgesproken« . L’épisode renvoie aux « promenades » flamingantes dans les Fourons, au début des années 1980: ainsi que le rappelle « Le Soir », en expliquant que des Fouronnais francophones poursuivis en Justice ont le choix de demander une procédure en français et d’être ainsi jugés à Verviers ou à Liège, le pisciculteur de Fouron-Saint-Pierre Joseph Snoeck, qui avait feu en direction de manifestants pas vraiment paisibles – on notait parmi eux de nombreux membres d’une milice privée interdite – occcupés à saccager son habitation a été condamné par le tribunal correctionnel de Verviers à huit jours de prison avec sursis, avant d’être acquitté par la cour d’appel de Liège. Le rappel figure également dans la version en néerlandais du papier, mais en fin d’article, là où « Le Soir », après avoir évoqué cet événement qui aurait pu tourner au tragique, conclut, lui, sur « la forme d’immunité » dont bénéficieraient des défendeurs néerlandophones devant le tribunal correctionnel de Tongres, du moins à l’estime des milieux pro-liégeois de Fourons, et de certains de leurs avocats, même néerlandophones. L’inversion de paragraphe n’est pas non plus anodine: on sait qu’outre le titre et « l’attaque », la « chute » d’un article est très importante, et qu’on conclut sur un élément fort qu’on veut mettre en relief.

Appropriation indue de l’auteur de l’article par la rédaction du « Standaard »; modification du message essentiel; inversion de la conclusion: la collaboration entre le quotidien flamand, traditionnellement à la pointe du combat flamingant, et le journal francophone semble s’apparenter à un marché de dupes. Dur, dur d’être cocufié(e) dès les premiers jours de la vie en commun!

3 réflexions sur “Flirt « Le Soir »-« De Standaard »: mystification fouronnaise…

  1. bah, vous savez très bien que lorsqu’un journaliste titre et chapôte, son chef de rubrique ou le rédac chef modifie souvent cela. Le Standaard n’a-t-il pas le droit de mettre sa patte sur le papier du Soir, de l’éditer à sa sauce? Je m’indignerais davantage si un paragraphe avait sauté ou avait été réécrit. Ce qui n’est pas le cas.

  2. Il est exact que, dans certains journaux, le chef de rubrique ou le rédac’ chef modifie un titre ou un chapeau (absent dans le papier envisagé). Mais cela ne doit se faire, en principe, qu’avec l’accord de l’auteur. Et en tout cas en respectant le message essentiel, ce qui ne fut pas le cas en l’espèce. Quant au « transfert » du journaliste, cela relève de l’information erronée, sauf s’il touche un double salaire. Auquel cas, alors, il pourra m’offrir un pot à la première occasion (lol)

  3. Déjà en 2001, le traitement de la vente des immeubles sociaux à Fourons avait été malmené dans l’émission à sensation (qui se prétend émission d’information) au titre infame, même pris au second degré « Tout ça ne nous rendra pas le Congo ». Manu Bonmarige qu’on avait déjà vu plus attentif à la souffrance et aux contradictions des personnes filmées y ridiculisait le combat francophone en donnant la parole présentée comme vraie aux gens qui avaient fait venir le VMO (vlaamse militante orde, milice privée qui fut finalement interdite par un tribunal) faisant règner la terreur dans les années 75 à 80 lors des manifestations appelées « promenades ».
    Abandonnés par les Happart dans les années 90, (Happart José lui-même oublié par les électeurs en 2006 et par les sondés en mars 2007 (voir http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&art_id=339665)), les fouronnais francophones ne trouvent plus de relais politiques pour exprimer leurs problèmes (et ils sont de plus en plus nombreux), ni de journalistes pour faire connaître leur vécu, sauf l’un ou l’autre dont l’héroïque philochar bien entendu…

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