Le temps de l’ignorance obligatoire


Le temps des réformes est à nouveau venu pour l’enseignement. Les jeunes qui auront loupé leur première année du secondaire ne pourront plus être « déviés » d’office vers le professionnel, mais devront passer par une année de transition. De même, pour les élèves qui éprouvent des difficultés à la sortie de la sixième primaire, on veillera, a annoncé la sémillante Marie Arena, coiffée de son chapeau de ministre de l’Enseignement obligatoire, à les orienter vers des filières « où ils pourront développer leurs potentialités, sportives ou artistiques, mais attention: il y aura toujours du français et des mathématiques » (citation pas tout à fait conforme, mais pas très éloignée non plus).
Soyons positifs: toute initiative visant à faire sortir l’enseignement professionnel de son statut de « poubelle » de l’enseignement général mérite d’être saluée. Il y a suffisamment longtemps qu’on plaide pour la revalorisation du professionnel, pour qu’on ne salue pas toute initiative en ce sens.
Globalement, le bilan de l’enseignement n’en reste pas moins navrant: le taux d’échec dans l’enseignement supérieur, universitaire ou non universitaires, reste effrayant, et rien n’indique que la barre pourra, à terme, être relevée. En cause, à la base, une formation déficiente, notamment en langue maternelle: combien de profs’ d’univ’ ne relèvent-ils pas, même dans les sciences exactes, que nombre de leurs étudiants ne comprennent tout simplement pas les énoncés qui leur sont présentés!
Guère étonnant, quand on voit la baisse constante du niveau d’exigence attendu des élèves du primaire! Naguère, le ministre en charge, Jean-Marc Nollet, lançait une charge contre les devoirs à domicile: il ne fallait surtout pas traumatiser nos jeunes enfants! À l’examen, pourtant, les matières qui leur sont enseignées sont vachement plus légères que celles « infligées » à leurs lointains prédécesseurs, jusqu’aux années 70. C’est à cette époque que mon paternel a quitté sa profession d’instituteur primaire, qu’il avait pratiquée pendant près de quatre décennies, à part une interruption de cinq ans, entre 1940 et 1945, pour de « grandes vacances » en Bavière, puis dans le Schleswig-Holstein. Une des ses phrases favorites, à l’époque, mainte fois rappelée par ses anciens élèves, était qu' »après s’être battus pour l’enseignement obligatoire, nous allions tout droit à l’ignorance obligatoire ». « Radotage », se disait-on alors, mettant la réflexion sur le compte d’une nostalgie bien compréhensible au moment du départ à la retraite. Trente-cinq ans plus tard, paraphrasant Sacha Guitry, je pourrais écrire « Mon père avait raison« . Bien sûr, les temps ont changé, et les méthodes d’enseignement anciennes ne pouvaient indéfiniment subsister. Mais l’exigence de qualité, elle, devait rester intacte. Après tout, tous ces instituteurs et institutrices, en charge à l’époque de six classes primaires, au sein desquelles les normes de fréquentation étaient une vue de l’esprit, ont, depuis la fin du XIXe siècle, assuré une tâche énorme: former des enfants dont la plupart arrivaient dans leur salle de classe en ne connaissant qu’à peine le français, puisque leur langue maternelle était le wallon. Le critère de réussite, alors, était de savoir calculer, et d’écrire sans fautes d’orthographe, au sortir des primaires, et nombreux étaient celles et ceux qui y arrivaient. Il suffit, aujourd’hui, dans les médias écrits, de voir comment rédigent nombre de jeunes journalistes pour mesurer l’ampleur du pas en arrière qui a été effectué! Seuls, désormais des enfants plus favorisés pourront surmonter le handicap. Ah oui, on l’oubliait, l' »instruction obligatoire » était aussi une conquête de la démocratie…

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2 réflexions sur “Le temps de l’ignorance obligatoire

  1. J’entends toujours le même refrain… visiblement j’ai eu de la chance aux niveaux primaire et secondaire … mais que peut-on faire ? Aucune réforme n’a l’air de convenir ni encore moins fonctionner.

  2. Il est effectivement navrant de constater le déficit et les lacunes en orthographe de la plupart des jeunes aujourd’hui. La faute à la télévision, aux jeux et surtout au « chat » et sms. J’observe également que la plupart des jeunes lis peu ou pas du tout. Le dernier livre qui a un peu « secoué » les jeunes au niveau lecture fut la série Harry Potter. Quand j’en discutais autour de moi, beaucoup le prenait de haut, prétextant que ce n’était pas de la bonne littérature. Je pense qu’il faut orienter les jeunes vers des sujets qui leur sont chers, en sélectionnant des thèmes adaptés à leur âge et leur centres d’interêts. Pourquoi pas la lecture d’un quotidien en classe, suivi de « réactions » concernant certains articles. Il faut rendre l’école à nouveau attractive …

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