Questions oiseuses sur une hypothétique abdication


Dire que les Néerlandais étaient unaninement enthousiastes, hier, pour accueillir Willem-Alexander, leur nouveau roi (le premier depuis 123 ans!) et la reine Maxima serait trahir la vérité: à Maastricht, où j’étais, il y avait très peu de monde le matin, pour suivre, sur l’écran géant dressé sur le Vrijthof,  la double signature de l’acte d’abdication par lequel Beatrix transmettait le trône à son fils aîné. Et si, sous le soleil, la foule était plus dense l’après-midi, pour regarder la cérémonie de prestation de serment, il n’y a eu aucune acclamation, et les applaudissements ont été mesurés, sauf au moment où, dans son discours, Willem-Alexander a exprimé les remerciements du pays à sa mère. L’ambiance était plus animée, et l’assistance nettement plus nombreuse, à la brocante organisée, au même moment, sur les rives de la Meuse…

Pour autant, le nouveau souverain néerlandais a réussi son «examen de passage»: on l’a senti maître de lui, au moment de vivre cet événement important dans sa vie. Il s’est exprimé d’une voix assurée, dans un langage simple et accessible, qui l’a fait apprécier de la population des Pays-Bas.

Chez nous, la passation de pouvoir entre Beatrix et Willem-Alexander a relancé le débat sur la possible (probable?) abdication d’Albert II:  les uns affirment avec certitude que le roi se retirera avant la fin de l’année; les autres prédisent qu’il restera en fonctions jusqu’à l’année prochaine, l’année électorale de tous les dangers; et certains, enfin, expliquent qu’il n’y a là que rumeurs, même si les tenants de la thèse adverse affirment tenir leurs informations de source évidemment anonyme mais très bien informée.

Jamais, pourtant, jusqu’ici, dans ces débats, je n’ai entendu faire remarquer que la monarchie néerlandaise, et, dans une moindre mesure, la monarchie grand-ducale qui est de la même lignée, constitue une… exception notoire parmi les monarchies européennes. Il n’est question d’abdication ni en Suède, ni en Norvège, ni en Espagne, ni au Royaume-Uni, alors que, partout, les souverains en poste ont dépassé, parfois largement, l’âge de la retraite. La moyennâgeuse règle monarchique, qui veut qu’un roi, ou une reine, meure à son poste semble toujours impérative.

Le paradoxe, c’est qu’ainsi, les héritiers s’approchent eux-mêmes de l’âge de la retraite: Charles d’Angleterre vit ainsi la même situation inconfortable que son ancêtre Edouard VII, que la longévité de sa mère, la reine Victoria, n’autorisa à devenir roi qu’à l’âge de soixante ans, en 1901. Et son règne de neuf ans, fut ainsi un des plus courts de l’Histoire moderne du Royaume-Uni. Le cas de  Frédéric III d’Allemagne est plus dramatique: son père, Guillaume Ier, ne décédant qu’à l’âge de 90 ans, il ne devient empereur, en mars 1888, qu’à l’âge de 57 ans, miné par un cancer de la gorge qui l’emportera en juin de la même année, sans qu’il ait eu le temps de transformer l’empire en monarchie parlementaire. Et peut-être changer le cours de l’Histoire mondiale…

Philippe a aussi résolument doublé le cap du demi-siècle d’existence. Et si l’abdication éventuelle d’Albert II fait tellement peur dans certains milieux, c’est, dit-on toujours, en fonction des questions qu’on se pose sur sa «préparation» à son rôle de roi.

La question, une nouvelle fois, est absurde. Si, à 53 ans, Philippe de Belgique n’est pas prêt  à exercer la fonction royale, il ne le sera jamais! Et puis d’ailleurs, une formation particulière est-elle requise pour devenir roi? Il n’existe à ma connaissance aucun diplôme patenté qui mène à la fonction. Pas plus qu’un(e) président(e) de la République ne doit avoir effectué un parcours déterminé pour accéder à la fonction. Instaurer ce type d’exigence reviendrait à créer une fonction élective capacitaire, incompatible avec la démocratie et le suffrage universel: chez nous aussi, aucune formation n’est requise pour siéger au parlement, devenir ministre, ou accéder au poste de Premier ministre…

Par ailleurs, depuis l’origine, le roi n’a (heureusement) pas chez nous de pouvoir personnel: dès le XIXeme siècle, on qualifiait d’ailleurs la monarchie belge de «république couronnée». Ce qu’on attend du chef de l’Etat, c’est donc une écoute, une réserve, une qualité d’empathie. Bref des qualités dont il est légitime de se demander si Philippe les possède.

Il n’y a pas si longtemps, en effet, le prince héritier s’était affiché comme investi d’une mission: combattre le nationalisme flamand le plus extrémiste. Et on se rappelle son attitude, lors d’une réception de nouvel an au Palais de Bruxelles, à l’égard de deux journalistes flamands de premier plan. Depuis lors, Pol Van Den Driessche, tenté par l’aventure politique, d’abord au CD&V puis à la N-VA, a chuté de son piédestal, emporté par des accusations de harcèlement sexuel; mais Yves Desmet, lui, est toujours rédacteuf en chef incontesté du «Morgen»…

J’avais à l’époque comparé la "psychorigidité" de Philippe de Belgique, décelable dans sa manière «coincée» de s’exprimer, à celle de son grand-père, Léopold III. Dans son «Testament politique» de 1944, ce dernier exigeait que ceux qui avaient porté contre lui des accusations injustes, mais compréhensibles dans le contexte de la débâcle, en mai 1940 s’en excusent publiquement, faute de quoi, expliquait-il, ils ne pourraient plus exercer de fonction publique en Belgique. Cet ostracisme fera une victime: le Premier ministre, Hubert Pierlot, scandaleusement cloué au pilori, alors qu’avec Paul-Henri Spaak, Camille Gutt, et Albert De Vleeschauwer, il avait sauvé l’honneur de la Belgique, en lui permettant de maintenir la Belgique dans la guerre contre le nazisme.

Rejeté par les Wallons,  Léopold III a conduit la Belgique au bord de la guerre civile. Le contexte, aujourd’hui, est heureusement moins dramatique. Mais la seule question qui vaille est de savoir si Philippe, demain, sera ou non accepté par les Flamands. S’il ne l’est pas, toutes les réserves sur sa formation, ou sa capacité à succéder à son père, seront plus oiseuses que jamais…

Tiens, José H. a retrouvé son nom en Flandre


Il faut laisser à José Happart qu’il est et reste conséquent. Régionaliste, il est; régionaliste, il restera. Et quelle que soit l’opinion qu’on ait de sa gestion comme ministre wallon de l’Agriculture, puis, plus tard, de sa posture comme président du Parlement wallon, il a toujours été très explicite, en ne cessant de répéter que les Wallons, et les francophones "doivent voir les Flamands comme ils sont, et non comme ils voudraient qu’ils soient".

L’ancien bourgmestre de Fourons parle en connaissance de cause: bien avant les bourgmestres non-nommés de la périphérie bruxelloise, il a été en butte à la volonté affichée de la Flandre de ne pas lui laisser exercer son mandat mayoral, au motif, à l’époque, qu’il ne parlait pas le néerlandais. Le "‘hérisson" a perturbé à plus d’une reprise, dans les années 80, le jardin extraordinaire de la politique belge: le célèbre "carrousel fouronnais" a provoqué la démission d’un ministre de l’Intérieur, Charles-Ferdinand Nothomb, et la chute d’un gouvernement Martens.

C’était le "temps des gourdins" dans les Fourons. C’était l’époque où la Flandre avait décidé de nier l’existence de José Happart, en le privant de son nom: dans les médias, on ne l’appelait plus que "José H."!

200_200_ce9b635ed7c419e9c0f9a82f4f42d13e-1364995023Ce temps-là est bien révolu: José Happart était avant-hier l’invité de l’émission "Terzake", sur Canvas, la deuxième chaîne publique flamande. Et le "Standaard", à qui il donnait jadis des boutons, lui a offert aujourd’hui une photo en première page, et une page en rubrique politique. Et plus question de "JoséH." désormais, c’est bien de "José Happart" que nos confrère parlent. Avec même, à la "une" du "Standaard", la reproduction du panneau aux couleurs wallonnes, rouge et jaun,e qu’il a fait apposer au Centre culturel et sportif de Fourons, né, avec la Région bruxelloise, de son renoncement, en 1988, au fauteuil maoyral de Fourons.

Mais par quel miracle les médias flamands s’ouvrent-ils ainsi aujourd’hui à celui qu’ils abhorraient hier? Sa retraite politique y est sans doute pour quelque chose: comme on sait son influence désormais très limitée dans un PS qui a réduit au silence ou quasi son courant régionaliste, que le Liégeois Jean-Claude Marcourt s’efforce de maintenir en vie, le moment est venu pour eux de se montrer magnanime.

Et puis le credo politique de José H. n’a pas changé: il est toujours le chantre de l’Europe des régions. Et, en régionaliste convaincu, il se dit prêt à la discussion avec tout le monde "sauf le Vlaams Belang, qui n’est toujours pas fréquentable", et d’abord et avant tout avec Bart De Wever.

Voilà sans doute la clé: on mesure donc peut-être surtout, à cette restitution de son nom au "hérisson fouronnais", combien les médias flamands sont désormais sous l’emprise (résistible) du mayeur anversois…

Dérapage fouronnais


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L’Action fouronnaise ironise: le bourgmestre de Fourons, Huub Broers (Voerbelangen, CD&V) serait-il gagné à la revendication des francophones de Fourons d’un statut birégional pour leur commune, à défaut du retour à Liège qu’ils ont en vain réclamé démocratiquement pendant 40 ans? La convocation qu’ils ont reçue, en néerlandais, indique en effet clairement qu’ils pourraient élire 6 députés wallons, en plus de 8 députés européens francophones, s’ils choisissent d’aller voter à Aubel, le 7 juin prochain.

Il n’en est évidemment rien, et cette élection au Parlement wallon n’est pas ouverte aux électeurs fouronnais. Le document est entaché d’une erreur manifeste. On imagine tout de même l’embarras d’un président de bureau, si, sur foi de ce document, un Fouronnais réclamait un bulletin de vote pour le Parlement wallon, à Aubel, le 7 juin prochain? Et on se demande quel lapin juridique une chambre flamande du Conseil d’État devrait trouver pour démontrer que la convocation est correcte, mais que l’élection de parlementaires wallons n’est pas possible, au cas où un citoyen fouronnais voudrait l’interroger à ce propos?

Que conclure de cet épisode? Que l’erreur est humaine sans doute, même si pareil document aurait dû faire l’objet d’une particulière attention. Qu’elle n’en est pas moins surprenante, puisque cela fait 21 ans, maintenant, que les Fouronnais francophones ont le droit d’aller voter à Aubel (sauf pour les élections communales bien sûr) et que ce n’est pas la première fois qu’une élection est organisée depuis que Voerbelangen est arrivé au pouvoir à Fourons. Et que notre complexité institutionnelle est telle que même un de ses plus fins connaisseurs au plan local y a perdu son… plattdütsch?