Vu comme cela, l’Élysette, le siège du gouvernement wallon, a fière allure. Mais la photo est trompeuse: le spectacle donné la semaine dernière par le gouvernement wallon est consternant. Et sa manière de procéder ne rassure pas sur la gestion de la Wallonie.
Petit rappel: il y a deux semaines, une fuite savamment organisée révèle que le ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, l’Ecolo Philippe Henry, s’est fait sérieusement remonter les bretelles en comité ministériel restreint (je me refuse à utiliser le mot «kern», puisque je fais partie d’un groupe opposé à cette dénomination sur Facebook), qui se compose, rappelons-le, du ministre-président Rudy Demotte (PS) et des deux vice-présidents wallons, André Antoine (cdH), et Jean-Marc Nollet (Ecolo), pour le refus qu’il a opposé au projet de centre commercial «Città Verde» à Farciennes. Petite(s) remarque(s) au passage: André Antoine ne manque pas d’air, lui qui avait précédemment rejeté la première version du projet; et Jean-Marc Nollet manque singulièrement de solidarité avec le ministre de son propre parti. Sublime détachement, ou amnésie opportune suscitée par un titre? À vous de choisir.
Deuxième acte: l’incident clos, voilà le sémillant Paul Magnette qui, du gouvernement fédéral, fustige le ministre wallon. Quel rapport avec le Climat, dont le play-boy carolo a la charge? Aucun, bien évidemment. Mais cela ne l’empêche pas de donner son avis dans un dossier qui ne relève absolument pas de ses compétences. Allez, après cela, expliquer la différence entre élections régionale et fédérale, aux électeurs déboussolés!
La sortie de Paul Magnette est d’autant plus inepte qu’il apparaît, à l’analyse, que le projet «Città Verde», porté par un groupe italien qui suscite bien des interrogations, ne fait pas l’objet d’un appui unanime dans la région de Charleroi, bien au contraire. Les opposants y sont fort nombreux, et les lignes de fracture entre opposants traversent des familles en principe unies: la FGTB carolo n’a ainsi pas, sur la question, la même opinion que le Setca de Charleroi.
Résultat des courses: quand le ministre est interpellé au Parlement, ses collègues ministres… brillent par leur absence. Que l’on sache, une décision gouvernementale est, en principe, collective. Mais là, que nenni: Jean-Claude Marcourt, le ministre PS des PME (entre autres nombreuses compétences) viendra même contredire son collègue à la tribune, quelques minutes après que l’Excellence verte y fut montée.
Vous n’y retrouvez pas vos jeunes? Moi non plus. Sauf sous l’angle des règlements de compte politiciens qui déchirent la majorité wallonne. Et la pauvreté de la réflexion sur la relance économique, qui, de Verviers à Farciennes, ne passerait que par de grands centres commerciaux: le drame social que vivent les travailleurs de «Carrefour» devraient décidément inciter ceux qui nous gouvernent à plus de circonspection. Mais il ne faut par leur en demander trop sans doute: la manière dont les Parlements de la Région wallonne et de la Communauté française «travaillent» a de quoi, elle aussi, nourrir une profonde inquiétude. Quand un président d’assemblée (communautaire) commente au micro la plastique de sa collègue présidente d’assemblée (wallonne), suscitant un SMS goujat d’un élu régional et communautaire, il n’est pas difficile de déduire que l’un et l’autre manquent d’envergure. En un mot comme en cent.
Alléluiah, alléluiah, nous avons nos nouveaux gouvernements communautaires et régionaux. Et cette fois, on va voir ce qu’on va voir: la bonne gouvernance est à l’ordre du jour, on nous le décline dans toutes les langues. Nous en sommes tous fort aise, mais faudrait-il que, dès le départ, on respecte des principes simples, voire mieux, les règles qu’on s’était imposées. On est loin du compte…