Secret de l’instruction et droit de savoir

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Cédric Visart de Bocarmé, le procureur général de Liège, est mécontent. Il a ouvert une enquête pour violation du secret professionnel, afin de découvrir qui a informé la presse des perquisitions opérées, il y a quelques jours, chez le député-bourgmestre de Seraing, Alain Mathot, soupçonné de blanchiment d’argent.

Il y a quelque jours c’est à Mons que Claude Michaux, alter ego de Cédric Visart de Bocarmé, s’étranglait en découvrant que les médias étaient informés d’une perquisition en cours à l’Hôtel de ville de la Cité du Doudou. Et qui diligentait pareille enquête.

Les deux circonstances me permettent de me réjouir que la Belgique se soit dotée d’une loi exemplaire sur le secret des sources, au terme d’un combat de plus de dix ans mené au départ par les seuls journalistes professionnels. Sans quoi des confrères se seraient encore vu chercher des poux sur la tête.

Au moins, les choses sont ici claires: c’est en ses rangs que la Justice enquête, afin de voir s’il y a eu ou non violation du secret lié à l’instruction.

Cela posé, dans les deux cas d’espèce, on ne peut contester que le secret de l’instruction se heurte à un principe bien plus fondamental: celui du public à être informé. Car enfin, les personnes visées par ces perquisitions sont toutes deux candidates à l’élection législative du 13 juin prochain. Et il n’est pas indifférent pour les électeurs que nous sommes si ces personnes sont ou non droit dans leurs bottes.

Ah, bien sûr, les politiques vont une nouvelle fois s’émouvoir d’être ainsi montrés du doigt en pleine campagne électorale. Et sans doute le timing de ces perquisitions peut-il prêter matière à réflexion. Mais enfin, la Justice doit-elle tenir compte des échéances électorales multiples dans notre pays pour agir? Et si, d’aventure, ces perquisitions permettaient des inculpations, la procédure ne se compliquerait-elle pas de beaucoup, du fait de l’immunité parlementaire de certains prévenus potentiels?

Alors gardons raison. Le secret de l’instruction est une règle absolue, certes. Mais le droit à l’information est un droit consacré par la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Quand deux normes entrent en conflit, n’est-il pas logique que la plus forte l’emporte?

Le scoop du pauvre

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Le «Nieuwsblad» s’est signalé, cette année, en publiant avant tous les autres médias, le discours traditionnel du Roi, «qu’un vent favorable nous a fait parvenir», s’est-il targué sur son site Web. L’expression (bateau) ne trompera personne: comme tous les autres médias, le quotidien flamand avait reçu le texte par avance, assorti d’une demande d’embargo, jusqu’au moment où il serait diffusé en radio et en télévision. Et le «Nieuwsblad» a décidé de s’asseoir sur cette demande d’embargo.

J’ai déjà eu à plusieurs reprises l’occasion de me gausser de ce «scoop du pauvre» que représente la rupture d’embargo, explicite ou implicite, comme sur l’invitation à une conférence de presse. Outre le manque flagrant de confraternité, que cette pratique représente, il y a là un terrible aveu d’impuissance: quand un média est forcé de recourir à ce type de méthode, c’est qu’il est bien en peine de fournir à ses lecteurs, auditeurs, ou téléspectateurs, des informations inédites.

Le piquant, là dedans, est que la manœuvre a été «justifiée» par Peter Vandermeersch, directeur général des rédactions flamandes du groupe Corelio, celui-là même qui, naguère, avait défendu la publication par le «Standaard» – dont il est originaire, qu’il dirige également, et dont il se réclame bien plus volontiers, parce qu’il a la prétention de défendre un journalisme de qualité – de pages de publicité électorale pour le Vlaams Belang

Le même Peter Vandermeersch a par ailleurs poussé son quotidien favori, le «Standaard», dans un flirt poussé avec «Le Soir». L’opération est essentiellement cosmétique, mais elle lui avait valu, il y a deux ans, d’être reçu en audience par Albert II, en compagnie de sa collègue du quotidien vespéral, Béatrice Delvaux. L’impolitesse commise avant-hier à l’égard du Roi n’en est que plus flagrante…

Une solidarité intacte

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La paix sociale qui régnait aux Editions de l’Avenir depuis la négociation d’un plan de restructuration vieux, déjà, de deux ans, a été perturbée, mardi en fin de journée, par l’annonce du licenciement brutal de deux membres du personnnel, un délégué syndical, et son collègue, candidat aux dernières élections sociales, priés de quitter l’entreprise sur le champ, placés sous la surveillance d’un vigile, et privés quasi séance tenante de la carte d’accès aux bâtiments du groupe,  à Bouge. Pour brutal qu’il ait été, l’épisode a surtout confirmé par grande naïveté: employé depuis bientôt 32 ans par ce journal (qui, je ne résiste pas à l’envie de répéter cette boutade, ne me rémunère pas assez à mon goût ;) ), j’avais la faiblesse de croire que des méthodes de licenciement en vigueur, il y a quelques années, dans les anciens pays de l’Est, importées chez nous par le groupe Roularta – je me limite évidemment au seul secteur de la presse – n’auraient jamais cours aux Editions de l’Avenir.

UNE_NationaleFatale erreur: il ne faut jamais perdre de vue l’évolution des choses, qu’elle soit positive, ou, dans ce cas, négative. Une fois de plus, il a été démontré qu’un engagement de plus de 30 ans au profit d’un employeur ne compte plus aux yeux de ce dernier, si la personne en cause ne se contente pas d’écouter les instructions données, mais se mobilise dès qu’elle estime ses droits, et surtout ceux de ses collègues, bafoués. De même si l’évolution barémique liée à l’ancienneté, c’est-à-dire l’expérience, soit-elle considérée comme la somme d’erreurs accumulées, amène le salaire d’un individu à un niveau un peu plus que correct. Le caractère inique du licenciement était accentué par la présence de vigiles dans l’établissement: la direction craignait, semble-t-il, des débordements physiques. Comme s’il s’en était produit au cours des conflits qui, précédemment, ont secoué le groupe!!!

Cette évolution est-elle inéluctable? Pas nécessairement: la solidarité qui s’était exprimée hier avec les collègues licenciés, et qui avait conduit à la non-parution des journaux du groupe ce mercredi, a été très largement confirmée ce mercredi. Après un authentique débat contradictoire où tous les points de vue ont pu s’exprimer, y compris ceux des collègues qui étaient fondamentalement opposés à la décision d’arrêt de travail prise, la veille, par une trentaine de membres du personnel, dont votre serviteur. C’est fort de ce soutien massif que les négociateurs sont retournés voir la direction du groupe, et qu’ils en sont ressortis avec un accord satisfaisant. Les deux collègues licenciés ne sont pas réintégrés, comme l’assemblée le demandait, mais leur préavis est suspendu, et deux semaines de négociation vont permettre de discuter de leur reclassement éventuel… s’ils le souhaitent. Une convention devrait proscrire ce type de licenciement à l’avenir: c’est parce que chacun, désormais, se sentait sous la menace théorique d’une pareille démarche que la solidarité a été aussi large. La négociation de cette convention démarrera, elle aussi, dans les tout prochains jours. En fin d’après-midi, chacun retournait donc à ses tâches.

Il y a plusieurs leçons à tirer, pour tout le monde, de ce conflit. La direction en fera son profit en comprenant que briser la paix sociale par des méthodes de gestion qui ne respectent pas le personnel conduit immanquablement à l’impasse. Les travailleurs, eux, auront éprouvé une fois de plus les vertus de la solidarité et de l’esprit collectif, qui se sont déjà à plusieurs reprises manifestés au sein du groupe. Même celles et ceux qui se sont opposés à la décision d’arrêt de travail pourraient, un jour, en bénéficier. C’est un constat qui, en ces circonstances chahutées, fait chaud au coeur….

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