La photo ci-contre est de mauvaise qualité, mais elle illustre parfaitement l’incroyable bordel qui régnait encore sur l’autoroute Aix-la-Chapelle-Liège-Bruxelles, ce mercredi, peu avant 18 heures. Le radioguidage annonçait prudemment dix kilomètres de bouchon en direction de Liège, mais comme le matin il en annonçait six, là où il devait y en avoir près de vingt, on ne se fiera que de manière très prudente à cette estimation.
Je parle du matin en connaissance de cause: une nouvelle fois, j’ai été victime d’une situation (auto-)routière surréaliste qui, cette fois, n’est pas due à la fatalité, mais bien à l’impéritie des gestionnaires du réseau. Résultat des courses: il m’a fallu près de trois heures et demie pour parcourir un trajet qui, en temps normal, me prend de trente-cinq à quarante minutes. J’ai donc loupé les funérailles d’un ami très cher.
Il me suffisait d’être prévoyant, m’objectera-t-on? Je croyais l’avoir été, en m’accordant une heure et demie de temps de parcours. C’était sans compter sur le chaos invraisemblable régnant sur l’autoroute, bien pire que ce que les annonces lénifiantes du radioguidage, donc, laissaient prévoir.
La faute à qui, alors? «Il faut bien que l’on répare les routes. Si on ne le fait pas, les usagers ne sont pas contents» m’a lancé un préposé du Centre Perex, de la Région wallonne. Le constat est exact: faute d’avoir assuré un entretien suivi du réseau routier et autoroutier, il faut bien aujourd’hui tenter de colmater les multiples brèches ouvertes par un hiver… un peu plus rigoureux que d’habitude. Problème: au moment où je suis passé à hauteur du long chantier qui s’étire du bas de la côte de Barchon aux hauteurs des Hauts-Sarts, je n’ai aperçu… qu’une poignée d’ouvriers, en train de casser la croûte, accoudés contre un rail de sécurité! «C’était la pause de midi, tout le monde en prend!» a voulu justifier mon interlocuteur. Tout le monde, sauf les gens qui tentaient de réparer le retard dû à ce chantier, à l’abandon! Un grand chantier de cette importance n’est donc pas pris en charge par des équipes, qui se relaient? Et faut-il en conclure que seule la poignée de malheureux doit assurer à elle seule la réparation de tout le tronçon? Si c’est le cas, la notion de retard, évoquée par la Région, pour ce chantier, prend tout à coup une dimension effarante: le chaos risque de régner encore longtemps sur l’autoroute Aix-Liège-Bruxelles!
Voilà de quoi, en tout cas, amplifier les craintes qu’on peut avoir d’une autonomie accrue de la Région wallonne. Incapable, aujourd’hui, de gérer ses travaux publics, comment pourrait-elle gérer, demain, des compétences accrues, elle qui se montre là d’une incompétence crasse!
La Région n’est pas seule responsable du temps et de l’argent perdu par les nombreux usagers tombés dans ce chausse-trappe, et de la pollution extraordinaire provoquée par ce bouchon permanent: les gestionnaires de la circulation auraient pu, ou dû, penser à mettre des déviations en place, qui auraient délesté en partie l’autoroute. «On ne va quand même pas envoyer sur des routes nationales tous les poids lourds que vous voyez autour de vous!» m’a lancé un pandore du poste de circulation de Battice, que j’interrogeais sur cette absence de réaction. Oh, l’intelligente réponse que voilà! La signalisation dynamique qui est maintenant en place ne permet donc pas d’envoyer vers le plateau de Herve et la vallée de la Vesdre une partie du trafic, en instaurant par exemple des déviations… interdites aux poids lourds? Si, déjà, le flux de voitures à destination de Liège était distrait de l’autoroute, ce serait toujours cela de pris. Faudrait-il encore, là aussi des gestionnaires (du trafic) à hauteur des responsabilité qui sont les leurs. Mais le principe de Peter semble là aussi avoir été appliqué à large échelle, et nombreux sont, apparemment les gens à avoir atteint leur niveau d’incompétence!
Il y aurait là déjà largement nourrir le flamingantisme qui sévit au nord du pays… s’il n’y avait eu, hier aussi, l’interview, en radio, du patron la SNCB. Interpellé, et pour cause, sur les multiples retards enregistrés sur le réseau ferroviaire, Marc Descheemaecker a expliqué que la SNCB est… victime de son succès. Qu’elle est donc incapable d’assurer le transport d’un nombre croissant de voyageurs! Le patron de la SNCB a ainsi notamment pointé le train Maastricht-Liège-Bruxelles, annoncé avec tambours et trompettes lors de son lancement, il y a quelques années. Ce train, a-t-il expliqué, pose souvent problème à l’ensemble du réseau, car le moindre retard qu’il subit a des conséquences en cascade pour nombre d’autres convois. On a bien compris, à l’entendre, que ce train disparaîtra lors d’un des prochains remaniements des horaires ferroviaires. Et tant pis pour les voyageurs qui l’empruntent, et qui constatent, jour après jour, que le matériel qui roule sur cette ligne est vétuste! Marc De Scheemaecker a échappé à la question qui tue: pourquoi, à l’heure de la grande vitesse, le trajet «normal» de Liège à Bruxelles dure-t-il aujourd’hui plus longtemps qu’il y a un demi-siècle, à l’époque des locomotives… à vapeur?
Des trains qui accumulent des retards, des autoroutes complètement verrouillées: et il faudrait après cela qu’on se fixe des buts à atteindre?