Une caricature de Justice


On se souvient de l’aphorisme de Clémenceau, pour qui «la Justice militaire (était) à la Justice, ce que la musique militaire est à la musique».

hw_clemenceau_01On aurait aujourd’hui presque envie de paraphraser le Tigre, en posant que «la Justice sportive est à la Justice ce que les chants des supporters sont au chant grégorien». Et ce n’est pas le traitement réservé par les instances de l’Union belge au dossier Witsel qui modifieront ma perception de la question.

Que le Standardman se soit rendu, dimanche dernier, coupable d’une faute évidente sur Marcin Wasilewski, est un fait avéré. Quoi qu’on en ait dit, le Soulier d’or, sur la phase, n’a absolument pas voulu jouer le ballon, et a voulu d’évidence faire sentir ses studs au rugueux défenseur polonais du Sporting d’Anderlecht. Qu’il n’ait pas eu l’intention de briser le tibia et le péroné de son adversaire paraît évident. Mais la faute n’en était pas moins très grave.

Le joueur devait donc comparaître devant le comité sportif de l’Union belge, censé, en l’occurrence, «dire le droit» pour prendre la sanction nécessaire. Dès mardi, la condamnation tombe, fort lourde. Le Standard se pourvoit en appel, et, ce vendredi, emballé, c’est pesé, la sanction a été réduite, et l’amende a même été divisée par dix. Et tout est donc bien qui finit bien.

Le comportement du comité sportif de l’Union belge relève une nouvelle fois de la prétendue «autonomie juridique des fédérations sportives», pourtant sérieusement éreintée par le fameux «arrêt Bosman», il y a une bonne quinzaine d’années déjà. Mais sans doute les bonzes qui dirigent la Fédération belge de football n’ont-ils pas encore intégré tous les attendus de cette décision, qui sanctionnait durement l’étroitesse de vue de leurs prédécesseurs.10122936-008

Si l’on examine le traitement du dossier d’Axel Witsel sous l’angle de la procédure juridique (qui s’apparente très fort à la très controversée «comparution immédiate» en vigueur chez nos voisins français), on ne peut qu’être effaré par la manière dont la première décision a été prise:

  • Witsel s’est retrouvé devant ses juges deux jours seulement après les faits, et alors qu’une polémique passionnelle faisait rage dans l’opinion publique à propos de ce fait de jeu (?).
  • Les membres du comité sportif n’ont tenu aucun compte de leur propre «jurisprudence», pour prononcer une sanction plus sévère que celle requise par le «procureur fédéral». On n’a pourtant pas manqué de remarquer que la suspension infligée à Witsel dépassait de très loin les quatre malheureuses semaines prises par Stijnen, le gardien brugeois, qui avait agressé un autre «Rouche», Igor De Camargo, lors de la dernière confrontation des deux clubs en championnat de Belgique, il y a quelques mois. Le gardien de l’équipe nationale était pourtant un récidiviste en la matière. Le hasard avait voulu, heureusement, que De Camargo ne soit pas blessé dans l’aventure. La circonstance aura joué le rôle de circonstance drôlement aggravante dans le chef d’Axel Witsel. À moins que la décision du comité sportif n’ait été prise sous l’empire de l’émotion?
  • Le délai de traitement en appel a été très court, puisque l’affaire a été tranchée ce vendredi. Alors que la polémique passionnelle n’est pas encore tout à fait retombée.
  • La sanction est réduite et l’amende considérablement diminuée: un peu comme si l’instance d’appel, après que l’émotion se soit exprimée, avait voulu donner dans la conciliation. Manière, sans doute, d’éviter un recours du Standard devant une juridiction ordinaire.

Witsel se contentera donc, sans doute, de la sanction qui lui est infligée. Mais la manière dont cette sanction a été déterminée ne rassurera pas. De nouveaux cas surgiront, sans doute, qui verront les procédures de l’URBSFA anéanties par les cours et tribunaux. Cela s’est produit déjà à de nombreuses reprises dans le passé. Ces rebuffades n’ont pourtant rien changé dans les pratiques de la Fédération. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre….