Une mémoire sélective

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Difficile de ne pas partager l’indignation de Laurette Onkelinx, ce dimanche midi, sur RTL-TVI: invitée par Pascal Vrebos, elle a attribué un zéro pointé à l’entreprise de courrier express DHL, pour le mépris affiché envers ses travailleurs. «Leur dire ainsi qu’ils peuvent déménager en Allemagne» pour accompagner le mouvement de délocalisation de leur entreprise est proprement scandaleux, a stigmatisé la vice-Première ministre socialiste.

Le problème, c’est que Laurette Onkelinx semble manifester là une certaine sélectivité de la mémoire. Pour son excuse, on dira que le temps a passé, depuis 1994, mais il n’en reste pas moins qu’à l’époque, elle était toujours élue PS de la circonscription de Liège, et que le PS liégeois applaudissait des deux mains à l’arrivée de TNT Express sur les hauteurs de Bierset.

TNT Express ne tombait pas du ciel: cette autre entreprise de courrier express était, jusque-là, basée à Cologne. Elle voulait quitter le Conrad Adenauer Airport parce qu’elle manquait d’espace pour s’y développer, parce qu’elle y craignait une prochaine interdiction des vols de nuit (qui ne s’est jamais produite), et parce que l’aéroport de Liège lui déroulait un tapis rouge… garni de subsides européens alléchants.

Piquant: TNT Express avait annoncé à ses employés colonais qu’ils… pouvaient l’accompagner à Liège. Après tout, les deux villes ne sont distantes que d’un peu plus de 150 kilomètres, et l’hypothèse paraissait plausible. Les syndicats allemands et le conseil d’entreprise de TNT étaient déjà prêts à négocier des remboursement des frais de déplacements, quand ils ont appris, de la bouche de… votre serviteur, venu prendre la température sociale sur place, qu’à Liège, on parlait de création nette d’emplois. En clair, qu’on n’envisageait nullement l’arrivée de travailleurs allemands sur les hauteurs de Bierset…

La réaction était prévisible: colère syndicale, et vive dénonciation d’un manquement inacceptable à l’esprit européen, censé souffler de la même manière sur les deux rives du Rhin. Et peut-être, à l’époque, des politiques allemands ont-ils ou ont-elles dénoncé le caractère méprisant de la  proposition de transfert formulée par les dirigeants de TNT Express à leurs travailleurs.

Louis XIV avait, en son temps, constaté que le mensonge par-delà les Pyrénées pouvait être vérité en-deçà. Le même postulat vaut sans doute pour le Rhin. Et les travailleurs de DHL ne se consoleront pas à l’idée que notre pays a aidé à faire à leurs collègues allemands de TNT un coup semblable, il y a une quinzaine d’années. L’esprit européen continue, depuis lors, à prendre des coups, d’autant que l’Union Européenne s’est agrandie depuis lors. Et que les possibilités de délocalisation vers des pays aux salaires plus attractifs pour les employeurs se sont ainsi multipliées.

La mémoire est la faculté d’oublier, c’est vrai. Et l’expérience n’est que la somme de nos erreurs accumulées. Il n’empêche: si les principaux et principales responsables politiques des pays d’Europe ne se décident pas, un jour, à faire un trait sur des pratiques… qu’ils encouragent, alors des travailleurs continueront encore longtemps à faire les frais de délocalisations juteuses pour leur employeur, ici et ailleurs…

De Gaulle avait raison

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Churchill et le général de Gaulle ont marqué l’Histoire: sans le Premier ministre britannique, qui sait  quelle issue aurait connue la Seconde guerre mondiale? Et sans l’appui sans réserve qu’il a apporté au général de Gaulle, que serait devenue la France?

L’énorme estime que les deux hommes se portaient ne les empêchait pas de se quereller parfois vigoureusement. Comme lorsque Churchill n’informa pas de Gaulle de l’approche du débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie. Lorsqu’ils se revirent, quelques jours plus tard, le général reprocha véhémentement à Churchill ce qu’il ressentait comme un manque de confiance. Et, rappelle-t-il dans ses Mémoires de guerre, Churchill lui répliqua que «Quand la Grande-Bretagne devra(it) choisir entre l’Europe et l’Atlantique, elle choisira toujours l’Atlantique».

Le général de Gaulle ne l’avait jamais oublié. Et quand la Grande-Bretagne, vingt-deux ans plus tard, sollicita son entrée dans le Marché commun, le grand Charles lui opposa son véto. Le Royaume Uni dut attendre quelques années, et la sortie de scène de De Gaulle, pour devenir membre à part entière de la Communauté Économique Européenne, puis, plus tard, de l’Union Européenne.

Membre à part entière? Les vetos opposés aux candidatures de Jean-Luc Dehaene puis de Guy Verhofstadt, dans leur course à la présidence de la Commission Européenne, au motif qu’ils étaient trop fédéralistes nous reviennent à l’esprit, aujourd’hui que Herman Van Rompuy, à son tour, risque de se heurter à un rejet britannique… au motif qu’il n’a pas assez d’envergure. Et oui, la Grande-Bretagne est «un pied dedans, un pied dehors», comme me le disait aujourd’hui un ancien confrère british.  On l’a bien vu que, sous Margareth Thatcher, elle a réclamé «(her) money back». On l’a vu sous Tony Blair, quand, contre le «noyau dur européen», groupé autour de la France, de la Belgique et de l’Allemagne, le Royaume Uni a choisi d’accompagner les États-Unis dans leur expédition meurtrière en Irak.

On ne peut qu’en conclure que le général de Gaulle, décidément, avait vu clair. Et qu’il serait grand temps de mettre au point un mécanisme de sortie de l’Union Européenne. Pour dire en toute amitié à nos amis britanniques qu’aussi longtemps qu’ils ne préféreront pas résolument l’Europe à l’Atlantique, leur place sera plutôt sur son perron que dans ses salons.

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