Alléluiah, alléluiah, nous avons nos nouveaux gouvernements communautaires et régionaux. Et cette fois, on va voir ce qu’on va voir: la bonne gouvernance est à l’ordre du jour, on nous le décline dans toutes les langues. Nous en sommes tous fort aise, mais faudrait-il que, dès le départ, on respecte des principes simples, voire mieux, les règles qu’on s’était imposées. On est loin du compte…
- Jean-Marc Nollet, chef de groupe Ecolo à la Chambre devient «super-ministre» wallon et communautaire. Pourtant, candidat à la dernière suppléance de la liste Ecolole 7 juin dernier, il avait clairement manifesté son intention de rester au Parlement fédéral. Et les «Verts» ont sévèrement critiqué les «doubles candidatures», ou les candidatures dont on savait qu’elles ne déboucheraient pas sur l’exercice d’un mandat. Vous avez dit amnésie foudroyante?
- Philippe Henry, autre député fédéral Ecolo, devient lui aussi ministre wallon, de la Mobilité. Même interrogation
- Michel Daerden, fort de ses 63000 voix à l’élection régionale, passe du gouvernement wallon au gouvernement fédéral, où il retrouve le portefeuille des Pensions, après avoir siégé comme député à Namur. Vous avez dit logique?
- Comme on le pressentait, Jean-Claude Marcourt dédaigne le Parlement européen, où il a été élu le 7 juin, pour revenir siéger au gouvernement régional. Vous avez dit candidature bidon?

- Benoît Lutgen redevient ministre wallon… pour quelques mois: quand il prendra la présidence du cdH en octobre, il cédera le témoin. Vous avez dit engagement durable?
Le nouveau jeu de chaises musicales auquel on assiste aujourd’hui est tout aussi consternant que les précédents. Je n’ai pas une sympathie particulière pour Marie Arena, qu’on a beaucoup entendue ces derniers jours dans le dossiers des demandeurs d’asile, mais l’ancienne protégée d’Elio Di Rupo méritait-elle d’être ainsi éjectée de ses responsabilités, à un niveau de pouvoir a priori pas touché par les récentes élections régionales? Le dégommage de Julie Fernandez-Fernandez prouve, si besoin en était, qu’une grave erreur de casting avait été commise avec elle, lors de sa désignation au fédéral, mais la nomination de Philippe Courard à son poste apparaît comme un désaveu que l’ancien ministre wallon n’avait sans doute pas mérité.
Côté Ecolo, il y a a aussi de quoi se poser des questions: Bernard Wesphael a été un chef de groupe efficace et respecté tout au long de la législature écoulée, et Monika Dethier-Neumann a porté haut la couleur verte par son sérieux dans le traitement de ses dossiers. Bien sûr, on ne peut pas offrir un portefeuille ministériel à tout le monde, ni non plus une présidence d’assemblée; il n’empêche: si le travail parlementaire ne paie plus, il ne faudra pas se plaindre, demain, de l’absentéisme au Parlement de Namur.
Allez, pour quand même placer deux notes positives: Fadila Laanan récupère la Culture et les Médias. Elle y avait fait ses preuves sous la législature précédente, et on le lui rend: insolite? Et le tour de passe-passe présidentiel permet à Marc Tarabella de retrouver à Strasbourg le siège snobé par Jean-Claude Marcourt: de quoi lui permettre de reprendre le fil d’un mandat efficace de député européen, qu’il n’aurait jamais dû quitter pour devenir un ministre régional intérimaire.
Notez, pour terminer, que côté flamand, ce n’est guère mieux. La nouvelle ministre de la Culture, Joke Schauvliege, est «vomie» par tout le secteur culturel. Dame, une ministre incapable de dire quel livre elle a lu récemment, et qui n’a plus été voir de pièce de théâtre depuis longtemps, sauf une pièce de théâtre amateur, dont elle ne se rappelle plus le titre, cela ne fait pas très sérieux. Et la volonté d’économie affichée par le gouvernement Peeters II avec la réduction à neuf du nombre de ministres, s’apparente, là, à de la basse démagogie. Car enfin, Philippe Muyters, nommé ministre sur le quota de la N-VA en lieu et place de Jan Peumans, qu’on attendait là lui aussi en raison du travail parlementaire en profondeur qu’il avait mené sous la précédente législature, aura la responsabilité, excusez du peu, du Budget, des Finances, de l’Emploi, du Patrimoine, et du Sport. Quelqu’un croit-il sérieusement qu’un ministre, et surtout un novice en politique, pourra gérer efficacement et simultanément tous ces départements?
Le problème de la bonne gouvernance n’est pas un problème typiquement wallon, francophone, ou belge: au Québec, pour l’instant, un «code d’éthique» est proposé aux politiques, après des allégations de magouilles à la mairie de Montréal. Il suffirait pourtant que, de ce côté-ci comme de ce côté-là de l’Atlantique, on applique le simple principe d’honnêteté pour que de tels codes soient superfétatoires. De même, chez nous, il suffirait d’empêcher les passages entre gouvernements et assemblées fédéraux, régionaux ou communautaires pour que le vote populaire retrouve sa pleine signification. Hors de là, point de salut!