C’est lors d’un débat organisé au Parlement européen par le groupe de «Verts» à propos des caricatures de Mahomet publiées par un quotidien danois que j’avais rencontré Philippe Val, alors directeur de l’hebdomadaire satirique français «Charlie Hebdo». Une rencontre pas vraiment des plus sympathiques, il faut bien l’avouer, mais j’avais alors mis sur le compte d’une indéfectible volonté de défendre la liberté de la presse la manière assez abrupte dont il avait écarté un bémol que j’avais apporté à la publication de ces caricatures, et qui était relatif au risque de stigmatiser un groupe, religieux en l’occurrence, sous prétexte de combattre l’intégrisme religieux. Le droit au blasphème est partie intégrante de la liberté de la presse, avait-il martelé.
Tout cela n’était que du vent! On s’en doutait déjà un peu, en juin dernier, lorsque les humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte avaient été virés de France Inter, la radio publique française, dont Val, entre-temps, avait pris la direction. Confirmation nous en a été donnée cette semaine, avec le «lourdage» de Gérald Dahan, qui avait depuis l’été pris le relais des deux impertinents. Gérald Dahan, il faut le préciser, avait été recruté par… Philippe Val, qui n’est plus monté au feu pour expliquer ce nouveau licenciement: il a laissé à un de ses adjoints expliquer que, bien sûr, ce nouveau dégagement n’avait évidemment aucune motivation politique, mais procédait de l’incapacité de l’imitateur à trouver le ton juste pour faire rire l’auditeur moyen de France Inter.
Comment comprendre, alors, qu’il y a peu, la direction de la radio publique française, ait demandé à Gérald Dahan d’assurer deux chroniques hebdomadaires plutôt qu’une? Incapable de faire rire, vraiment? Une qu’il n’a pas fait rire, manifestement, c’est Michèle Alliot-Marie, la ministre française de la Justice, dont, par la grâce des Web cams désormais installées dans les studios de radio, on a pu voir le visage se décomposer, vendredi dernier, à mesure que Dahan, dans une imitation de Patrick Timsit, lui taillait un costard à sa mesure. Le licenciement de l’humoriste est, comme par hasard, intervenu 48 heures plus tard. Mais il n’a pas de motivation politique, répétons-le. «Il ne faudrait pas, désormais, que toute personne licenciée de France Inter invoque une raison politique» a lancé l’adjoint que Philippe Val avait chargé de justifier la mesure. Ce n’est pas la motivation politique qui fait office de cache-sexe de la médiocrité, c’est plutôt la médiocrité qui sert de cache-sexe à la mesure politique, a répliqué Gérald Dahan, ce lundi, sur France 5. Une parole contre une autre? L’humoriste, qui avait répondu à une interview de «Libération» sur son départ brutal de l’antenne, a révélé que Val l’avait appelé, pour lui demander de démentir ce qu’il avait affirmé. Faute de quoi, on lui règlerait son compte. L’ancien directeur de Charlie Hebdo a tenu parole. Et démontré qu’il est surtout le roi des faux derches!
