C’est, depuis quelques années, un des “marronniers” de l’info, en cette période de rentrée scolaire: le sort des pauvres enfants qui sortent du primaire, et qui n’ont pas de place dans l’école secondaire de leur choix. La faute, bien sûr, à ce décret sur la mixité sociale, qui, même retoqué par la ministre actuelle de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet, ne trouve pas grâce aux yeux de ses détracteurs.
Soyons tout d’abord de bon compte: pareille situation est de fait, angoissante pour les parents, et pour les jeunes concernés: le passage dans le secondaire est une étape importante du parcours scolaire, et ne pas pouvoir l’effectuer dans l’établissement de son choix peut susciter de légitimes inquiétudes.
Faut-il pour autant incriminer le décret sur la mixité sociale? Bien sûr que non: de tout temps, des établissements ont dû refuser des élèves, faute de places disponibles. La situation, alors, n’attirait pas l’attention des médias: il est vrai que le refus d’élèves s’accomplissait de manière plus feutrée. Dans les établissements les plus huppés, officiels comme confessionnels, faute d’avoir inscrit son enfant parfois avant même sa naissance, ou faute de disposer des “relations utiles” et nécessaires, il était vain, souvent, de vouloir franchir la porte. Et ces choses-là, bien entendu, ne se disaient pas en public: les passe-droit se distribuaient en toute discrétion.
Le “décret mixité” a voulu corriger cet état de fait. Qu’il ne soit pas parfait est démontré par le fait qu’il a fallu le réviser puis le retoquer. Mais qu’on me permette une question naïve: comment se fait-il que, sur les 237 jeunes concernés, il y a une semaine, 224 étaient dénombrés à Bruxelles, et 13 seulement en Wallonie? Cela voudrait-il dire que la mixité sociale est mieux acceptée en terre wallonne qu’en région bruxelloise? Difficile d’expliquer autrement cette concentration, dans la capitale, de “pauvres” têtes blondes…
Entre-temps, d’autres sujets passent ainsi doucement à l’arrière-plan: la réflexion sur une suppression du redoublement a certes fait couler de l’encre et de la salive; mais un fait, notamment, est pratiquement passé inaperçu: certains nouveaux inscrits, dans des écoles secondaires, ont loupé la rentrée… parce qu’ils étaient toujours en vacances à l’étranger. Les directions d’établissement concernées se sont vu prescrire de temporiser, dans l’attente de leur réapparition ou non. La solution la plus simple ne serait-elle pas de recaser ailleurs ces élèves dont les parents ne jugent pas utile de les ramener en temps utile pour la rentrée, par des élèves dont le sort est en suspens? La mesure, radicale, répondrait parfaitement à la désinvolture des parents concernés. Solution trop radicale? L’absence de motivation, au niveau des élèves mais aussi au niveau des enseignants (un quart quitte la profession dans les cinq premières années, rappelons-le), est une des causes du mauvais classement international de l’enseignement francophone de Belgique. Voilà, une nouvelle fois, qui me rappelle cette réflexion cent fois entendue, il y a une trentaine d’années, de mon défunt père, instituteur de village, qui dénonçait le fait qu’ “après s’être battus pour l’instruction obligatoire, on irait vers l’ignorance obligatoire“. Le propos, alors, paraissait excessif. Combien de fois, depuis lors, me l’a-t-on rappelé, en le qualifiant de prophétique….





