Il y avait déjà eu le célèbre avocat flamand Vic Van Aelst, ex-futur candidat de la N-VA aux élections communales, trop occupé maintenant par sa récente paternité de l’enfant né de sa nouvelle jeune conjointe, et qui s’était répandu en commentaires amènes sur l’inutilité pour les jeunes Flamands d’apprendre plus avant le français, ou encore qui s’était déclaré plus prompt à la solidarité avec les Turcs qu’avec les Wallons. Sans préciser d’ailleurs de quels Turcs il parlait: de ceux qui sont en prison pour défendre la liberté d’expression et la liberté de la presse, ou de ceux qui les y enferment pour les mêmes motifs. Et puis, depuis la semaine dernière, il y a le non moins renommé plaideur Jef Vermassen.
L’homme, on le sait, est obsédé par les médias. Et les médias le lui rendent bien, parce qu’il est un bon «client». Le juriste, qui s’est notamment investi, sous l’oeil complaisant d’une caméra, pour la Fondation Damien, allant jusqu’à se rendre sur la tombe du saint flamand, sur l’île de Molokai, est aussi un criminologue averti. Et son volumineux ouvrage sur «Les criminels et leurs mobiles», qui aurait peut-être pu être réduit d’un tiers en volume, fait d’autant plus autorité, en Flandre, qu’à chaque procès où il intervient, Jef Vermassen ne se fait pas faute de le citer, avec le talent et l’habileté que chacun lui reconnaît.
C’est donc tout naturellement qu’une chaîne néerlandaise lui a demandé, la semaine dernière, de commenter la fusillade de Liège. Et Jef Vermassen, sans avoir pu, et pour cause, connaître le détail du dossier de Nordine Amrani à ce moment-là, y a trouvé une explication très simples: les détenus bénéficient beaucoup plus facilement d’une libération conditionnelle en Wallonie qu’en Flandre, a-t-il posé. Une analyse reprise, le lendemain, con amore, par la plupart des quotidiens flamands, toujours à l’écoute de ce que peut raconter le cher maître.
Le problème, c’est… qu’aucune statistique ne vient confirmer l’affirmation de Jef Vermassen. Un peu penaud, il a dû en convenir, ce dimanche, sur le plateau de la RTBF, face à des juristes aussi redoutables que lui, qu’il s’agisse du procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, ou de la présidente de la cour d’assises de Bruxelles, Karin Gérard. «Mais c’est le sentiment qui règne en Flandre», a-t-il lancé, pour s’en tirer par une pirouette, comme tout avocat éprouvé sait le faire.
Ben tiens, si l’opinion publique du nord du pays est convaincu que le laxisme est la règle en Wallonie, c’est sans doute qu’on lui martèle régulièrement le message. Et l’affirmation de Jef Vermassen à la télé hollandaise ne contribuera pas peu à renforcer ce sentiment. Faut-il simplement en conclure que, comme d’autres plaideurs, le ténor du Barreau flamand ferait parfois mieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche, avant de s’exprimer? Ou bien doit-on s’attendre à le voir rallier, à son tour, le panache jaune et noir de la N-VA? Si tel n’est pas le cas, de toute manière, Jef Vermassen a bien servi la soupe, la semaine dernière, à Bart De Wever et aux siens!






