Chaos au Québec: le gouvernement Charest en est coresponsable!

Laisser un commentaire

Le vote de la fameuse “loi spéciale” par le Parlement québécois n’a pas ramené le calme dans les rues de la province. Les manifestations étudiantes s’y poursuivent, avec plus d’intensité encore, et, c’est vrai, les actes de violence s’y multiplient.

On ne peut excuser ces actes, qui desservent plutôt qu’ils n’aident à faire progresser la cause des étudiants, confrontés à une hausse insupportable (+85%) de leur droit d’inscription. Mais si on cherche la responsabilité de ces dérapages, on ne peut l’incriminer aux seules associations étudiantes: le gouvernement libéral (?) de Jean Charest, incapable de prendre la mesure du bouillonnement social que sa mesure unilatérale a provoqué, en est à coup sûr tout aussi responsable. Le couvercle qu’il a voulu placer sur la marmite n’a fait qu’augmenter la température, et il ne fallait pas être grand spécialiste de la physique, pour deviner que, loin de faire retomber la pression, il devrait finir par sauter, sous l’effet de cette pression accrue.

Car les étudiants ne sont plus seuls dans la rue: de nombreux manifestants, inquiets des restrictions apportées à la liberté de manifester, sont désormais à leurs côtés. Et l’opposition péquiste, ou Québec Solidaire, ne sont plus seuls, désormais, à contester la manière de gouverner de Jean Charest et de son équipe gouvernementale.

Faute d’une réouverture des négociations, avec toutes les associations étudiantes, y compris la principale et la plus radicale d’entre elles, la “Classe”, la tension sociale ne fera que croître au Québec. Et il ne suffira pas à Jean Charest de paraphraser Guillaume II, qui, en novembre 1918, affirmait qu’il n’avait “pas voulu cela” (“Das habe ich nicht gewollt“) pour faire retomber sur d’autres la responsabilité dont son gouvernement est chargé.

Sans un statut social fort des journalistes, c’est la qualité de l’info qui est en danger!

Laisser un commentaire

Nous l’avons déjà signalé, mais de manière incise, dans un billet précédent, très lu, sur l’éthique journalistique. Mais il n’est pas inutile de revenir sur le sujet, car il est grave: le statut social des journalistes est à nouveau menacé en Belgique, et, on ne le dira jamais assez, sans des conditions de travail décentes des journalistes, il ne peut être question ni de qualité de l’information, ni de prise en compte sérieuse de la déontologie journalistique.

Ce n’est rien moins qu’un bain de sang social qui s’annonce dans la presse en Belgique. Jugez plutôt: à l’agence Belgale licenciement brutal de 9 membres du personnel (dont 5 journalistes) a été annoncé cette semaine. Les motifs invoqués sont classiques: ils évoquent “la mutation“, “irréversible” et “résolument moderne” (sic) à laquelle l’Agence doit faire face. Le discours n’abusera personnne: il s’agit, une nouvelle fois, de compression des coûts, au détriment du personnel. Et on peut déjà en prévoir la conséquence: une défaillance encore plus grande de l’Agence dans sa couverture de l’actualité, spécialement dans le sud du pays. Étant donné le rôle central de l’agence Belga dans la diffusion de l’information, c’est toute la presse belge, en fait, qui va en être affectée. Et ce dans un contexte où les grands agences de presse nationales ou internationales, comme l’AFP par exemple, confrontées à l’explosion du Web, se préoccupent de plus en plus d’immédiateté et de moins en moins de qualité de l’information. Le personnel de Belga a réagi avec le vote, à l’unanimité, d’une motion de défiance vis-à-vis de la direction de l’information de l’Agence ainsi que le dépôt d’un préavis de grève à titre conservatoire. Le personnel exige en tout cas le respect des droits des collègues licenciés ainsi qu’une concertation sur le fonctionnement de la rédaction.
Chez Sudpresse, 35 personnes devraient quitter le groupe, sans qu’on sache à l’heure présente combien de journalistes sont concerné(e)s. Mais il y en aura nécessairement: l’évolution des métiers, dans la presse écrite, fait que la rédaction est devenue le service numériquement principal. Il sera donc nécessairement amputé. Là, les motifs invoqués sont économiques : augmentation des coûts, baisse des recettes, détérioration de la rentabilité alors que l’entreprise doit investir dans de “nouveaux outils“: entendez sans doute, le multimédia, la nouvelle vache sacrée des patrons de presse. Par parenthèses, Sudpresse fait partie du groupe Rossel, qui, soucieux d’économies chez nous, a trouvé les fonds nécessaires pour racheter des quotidiens français du groupe Hersant, de l’autre côté du Quiévrain. Où donc est l’erreur???

En Flandre, ce n’est pas plus rose: plus d’une centaine d’emplois sont menacés.  2 à TV Limburg, 8 à TV Oost, 12 à Rob-tv, 4 à Focus-WTV, 20 (dont 15 journalistes) à VT4, 28 à VTM, 3 ou 4 chez Think Media (éditeur e.a. de P-magazine), et 25 chez Concentra (Gazet van AntwerpenHet Belang van Limburg). Sanoma a annoncé la suppression des magazines Goedele et Glam*It, ” l’optimalisation” (et quand il s’agit d’annoncer des mesures socialement ravageuses, le langage patronal se fait toujours très imagé!!!!) de Vitaya et le regroupement en une seule rédaction nationale de Feeling et de Gael. 17 collaborateurs sont ici concernés, francophones et néerlandophones.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, voici maintenant que c’est la pension complémentaire des journalistes qui est menacée par le projet de réforme à la hussarde, introduit par le très libéral ministre responsable, Vincent Van Quickenborne (Open VLD) qui, dans sa frénésie réformatrice, n’a peut-être pas pris le temps de bien étudier le dossier.

Pour les journalistes salarié(e)s, cela représente une perte de quelque 33% en fin de carrière. Mais le plus incroyable est que la suppression de la pension complémentaire, voulue par Vincent Van Quickenborne, ne fera réaliser… aucune économie à notre système de pensions.

Les pensions des journalistes professionnel(le)s, en effet:

• ne sont en aucun cas concernées par un “allongement des carrières” : les carrières des journalistes professionnels ont toujours été calculées sur 45 ans. Elles sont donc déjà alignées sur le régime général.

• sont financées par le secteur même et par les intéressés : des cotisations sociales supplémentaires et obligatoires (à l’Office des pensions) financent un complément de pension, équivalent en cas de carrière complète à un supplément de 33 %. Ces cotisations s’élèvent à 2 % du salaire brut du journaliste à charge de l’employeur, et à 1 % à charge du journaliste professionnel, tout au long de sa carrière.

L’Etat fédéral ne finance donc pas ce complément de pension. Il n’y aura pas d’économie budgétaire découlant de cette mesure !

La seule subvention est historique et provient actuellement des Communautés (depuis 1989, lorsque les aides à la presse ont été communautarisées). La Communauté flamande verse chaque année 54.000 €, la Communauté française 44.000 €. Ces montants ont été prévus depuis l’origine du système pour financer les premières pensions (parties de carrières avant l’obligation de cotiser en 1971) et font partie de l’aide à la presse.

Par surcroît, il y a actuellement bien plus de cotisants dans le système que de bénéficiaires : le nombre de journalistes professionnels admis au titre a doublé ces 20 dernières années, et les journalistes cotisent dès leur premier contrat de travail.

Supprimer la pension des journalistes professionnels dès 2012, même en garantissant les droits constitués à cette date, aura pour seul effet de permettre aux entreprises de presse d’économiser des cotisations sociales. Mais les grands perdants seront les journalistes eux-mêmes, alors que toutes les autres mesures tendent à renforcer le premier pilier, et qu’un très grand nombre d’entre eux ne bénéficie pas d’assurance groupe.

Il n’y a ici aucun privilège en jeu. Au contraire, si tous les secteurs cotisaient davantage à l’Office National des Pensions, il y aurait sans doute là une voie de sauvegarde des pensions légales.

Toutes ces informations sont disponibles en ligne sur le site de l’AJP-AGJPB  (www.ajp.be) qui ferraille pour faire rapporter cette mesure. Les journalistes ont intérêt à s’associer à ce combat, par exemple en alertant les députés et sénateurs qu’ils/elles connaissent. Se battre pour ses droits, c’est aussi se battre pour la qualité de l’information!

La flibuste sociale lourdement sanctionnée

Laisser un commentaire

La lecture du dernier numéro du mensuel de l’AJP, “Journalistes”, m’a été particulièrement agréable, ce matin: le jugement rendu le 20 juin dernier par le tribunal du travail de Bruxelles, dans l’affaire qui opposait trois anciennes journalistes, ainsi que l’ancienne rédactrice en chef du «Vif-L’Express» y est beaucoup plus largement détaillé que dans la dépêche d’agence qui, à l’époque, avait communiqué la nouvelle essentielle: le groupe Roularta, dont le site Web affiche l’orgueilleuse façade, a été condamné à verser plus de 250000 euros d’indemnités aux plaignantes.

La manière brutale dont les journalistes avaient été licenciées avait déjà été évoquée ici (voir nos billets du 24 janvier et du 16 février 2009). Leur ton avait peut-être choqué certains visiteurs? Le tribunal du travail de Bruxelles a dénoncé, dans le chef de Roularta, un “exercice du droit de licenciement (…) qui dépasse manifestement les limites de l’exercice normal que ferait de ce droit un employeur prudent et diligent”. La direction du “Vif” a agi, a dit le tribunal bruxellois, “avec une légèreté coupable et un manque de considération” à l’égard de journalistes “qui n’avaient jamais démérité”.

Qui mieux est, le tribunal du travail dénonce une carte blanche publiée à l’époque par Amid Faljaoui, directeur des publications de Roularta, en réponse à une carte blanche rédigée par l’AJP et par sept professeurs de journalisme sous le titre “Un journalisme mis au pas”. Celui que nous avons qualifié à l’époque de “contremaître appliqué en matière de déni du dialogue social” a, dénonce le jugement, “en accusant publiquement les personnes licenciées notamment de prise d’otage éditoriale, de problèmes en interne de gestion, (de détérioration) de l’ambiance de travail et (de problèmes) d’éthique, (…) porté atteinte de manière incontestable”, par ces “propos superflus (…) et inutilement blessants”  à “l’honorabilité professionnelle” des journalistes licenciées. D’autant, relève le juge, que “les reproches énoncés ne sont étayés par aucune pièce du dossier du Vif”.

Dans le style direct du gauche, direct du droit, et KO, on a rarement vu un jugement aussi cinglant! De quoi conforter la position prise, à l’époque, par l’Association des Journalistes Professionnels et par toutes celles et tous ceux qui s’étaient rangés aux côtés des journalistes licenciées. De quoi aussi tacher de manière indélébile la façade clinquante du groupe Roularta, et écorner sérieusement la réputation professionelle sans mesure avec son talent réel de M. Amid Faljaoui qui, pour rappel, ne gère les rédactions que derrière le paravent fiscalement avantageux d’une société.

Les lecteurs du “Vif”, eux, n’auront pas vraiment été informés de ce jugement. S’en étonnera-t-on vraiment? Depuis l’éviction des journalistes concernées, et les départs qui ont suivi (hasard ou non? Tou(te)s les lauréat(e)s des prix Dexia de presse ont été exfiltrés de cette rédaction, qui n’a récupéré dans l’autre sens que deux signatures crédibles) le ton de l’hebdomadaire s’est singulièrement affadi. L’affaire lui avait déjà coûté un sérieux recul de ses ventes; la facture, désormais, s’est alourdie de plus de 250000 euros. Bravo M. De Nolf, bravo M. Faljaoui: les actionnaires de Roularta apprécieront la rigueur de votre gestion sociale!

Le journal sans journalistes: une recette usée!

Laisser un commentaire

Les promesses, on le dit souvent, n’engagent que celles et ceux qui y croient: il faudrait bien être naïf  pour faire crédit au directeur des rédactions du «Soir» et du «Soir Magazine», quand il affirme, après avoir signifié à douze journalistes du quotidien de la rue Royale qu’ils peuvent faire leurs valises, selon des modalités diverses, et après avoir aussi décrété un blocage des salaires des journalistes au niveau de 2009, qu’il remplacera les partants par des jeunes journalistes, qu’on devine déjà taillables et corvéables à merci. Le procédé est cousu d’un câble beaucoup trop gros pour abuser qui que ce soit. Faut-il rappeler à ce directeur des rédactions qu’il n’est pas légal de remplacer des personnes envoyées à la préretraite par de nouveaux engagés? Si besoin en était, voilà qui confirme combien l’engagement qu’il a pris est fallacieux!

La réalité est plus triviale: il s’agit simplement de réduire la masse salariale de la rédaction du quotidien vespéral. Et, au passage, de se débarrasser de l’un(e) ou l’autre journaliste trop peu malléable: les anciens visiteurs de ce blog ne s’étonneront sûrement pas de retrouver le nom de Martine Vandemeulebroucke parmi les destinataires de l’aimable courriel (on appréciera l’élégance du procédé!) qui signifiait aux inéressé(e)s qu’ils sont désormais malvenus à la rue Royale.

Que l’évolution du tirage du «Soir», à la baisse constante depuis plusieurs années, préoccupe sa direction, on peut le comprendre. Mais les événements de ce jeudi démontrent que cette direction n’a rien compris du mal dont souffre le quotidien. Il suffisait pourtant de s’enquérir de ce qui s’y est passé la veille du récent jour où trois recommandées ont  été envoyées à des journalistes «vespéraux» pour savoir que c’est bien plus au niveau des responsables de la rédaction que dans la rédaction elle-même que se situe le problème. Mais voilà, si, en sport, c’est souvent l’entraîneur qui paie les mauvais résultats de son équipe, dans la presse écrite quotidienne belge, c’est l’inverse qui se produit: même en cas d’incompétence notoire des entraîneurs, on préfère s’en prendre à l’équipe elle-même. Et c’est ainsi que la rédaction du «Soir», qui a déjà subi un plan social il y a à peine deux ans, va subir une nouvelle cure d’amaigrissement. Classiquement, c’est une part de la mémoire de cette rédaction qui va ainsi se dissoudre. Et même si quelques nouveaux engagés débarquent, ils ne parviendront pas à combler ce vide. Et il y a fort à parier que la déglingue du quotidien bruxellois se poursuivra…

Ma solidarité professionnelle accompagne évidemment ces journalistes ainsi stigmatisés. Je me réjouis par ailleurs de voir que la rédaction, qui s’était peut-être un peu trop facilement laissé désarçonner par la démission, ou plutôt par le savant repositionnement, de Béatrice Delvaux, a, cette fois, déposé un préavis de grève, et qu’une procédure de concertation a été engagée. Il en faudra néanmoins beaucoup plus pour reconstruire la confiance à la rue Royale. Car pour qu’une relation de confiance se rebâtisse, il faut que la rédaction puisse avoir confiance dans sa direction. Et une direction qui gère sa rédaction à coups de recommandées et de courriels a pratiquement épuisé tout son crédit en la matière!

Une ingéniérie sociale qu’il faudra bien démonter

2 Commentaires

C’est la désolation à Marseille: Ryanair va déserter le tarmac de l’aéroport de Marignane. En cause,un jugement défavorable à la compagnie de Michael O’Leary, qui a déclaré illégal le contrat irlandais sous lequel elle emploie des travailleurs sur le territoire français.

La décision était attendue: le big-boss de Ryanair n’avait pas fait mystère de son intention de partir, si l’action intentée contre lui par un syndicat de pilotes et par des autorités locales, qui l’accusaient d’éluder des impôts dus en France par le biais de ces contrats conclus dans un pays de l’Union Européenne où la taxation du boulot est nettement moins importante que dans l’Hexagone, se conclurait de manière négative pour lui. Ryanair épargne ainsi 30% de charges patronales, “qui ne sont pas dues puisque notre personnel travaille à bord d’appareils immatriculés en Irlande, et considérés comme faisant partie du territoire irlandais” plaidait le bouillant patron, qui a parmi ses cartons le projet de supprimer les toilettes à bord de ses avions, ou encore de surtaxer les passagers obèses.

Rien n’y a fait: les juridictions du travail françaises ne se sont pas laissé impressionner, et elles ont estimé que du personnel aérien vivant en France ressortit des lois françaises, et par voie de conséquence, que leur contrat de travail relève du droit social français.

Ainsi condamné, Michael O’Leary a donc mis sa menace à exécution: il a annoncé la prochaine fermeture du “hub” que Ryanair avait ouvert à Marignane en 2006, et par lequel ont transité 1.700.000 passagers l’an dernier. 13 destinations seront donc fermées à (court) terme et 200 salarié(e)s de Ryanair seront donc déplacé(e)s – ou perdront leur emploi! – vers des aéroports espagnols, italiens… ou lituaniens! Dans le même temps, il a fait part de son intention de soumettre le dossier à…. la Cour européenne des Droits de l’Homme. Dans l’espoir que celle-ci avalise une fraude sociale astucieusement montée?

Sans surprise, les autorités locales, qui ont, comme chez nous, largement subsidié le débarquement à Marignane de la compagnie à bas prix irlandaise, crient au scandale. Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, membre de la majorité présidentielle, clame qu’il est temps de modifier la réglementation sociale dans le secteur aérien “définie pour protéger les intérêts d’Air France, à l’époque, mais qui est désormais obsolète”. Si peu obsolète, en fait, que Ryanair a déjà été condamnée à de fortes amendes, pour une manœuvre similaire, à l’aéroport d’Orly. Mais comme la banlieue parisienne est cruciale pour sa compagnie, Michael O’Leary, là, a “banqué” sans sourciller. Certain, sans doute, de reporter le coût de ses amendes sur sa clientèle?

Jacques Pfister, le président de la Chambre de commerce de Marseille, a, lui, affirmé que la présence de Ryanair avait rapporté depuis 2006, 550 millions d’euros à l’économie régionale. Sans poser la question de savoir, bien sûr, si cette manne, pour autant qu’elle soit avérée, autorise un opérateur aérien à éluder l’impôt dû par ses concurrents. En termes de droit communautaire, cela s’appelle distorsion de concurrence, une notion à la quelle la Chambre de commerce, toute marseillaise qu’elle soit, ne doit pas être indifférente…

La manière d’opérer de Michael O’Leary devrait alerter l’autorité wallonne, qui a déroulé le tapis rouge de l’aéroport de Charleroi à la compagnie irlandaise, sans la paralyser pour la cause. D’abord parce que le patron de Ryanair a déjà accepté une décision de justice qui déclarait illégale les aides publiques dont il a bénéficié pour venir se poser à Gosselies. Sans doute parce qu’il sait l’endroit stratégique. Et que s’il le quittait, les candidats ne manqueraient pas pour occuper le créneau qu’il laisserait ainsi libre?

Ryanair a démocratisé le transport aérien, on ne le niera pas. Au prix d’une “fraude sociale” bien organisée, cela, on ne peut l’admettre. Des syndicats s’y sont opposés, des juges du travail leur ont donné raison. La “vengeance” de Michael O’Leary en apparaît d’autant plus scandaleuse. Il est un moyen de lui rendre la monnaie de sa pièce: ne plus voyager par Ryanair!

Une mémoire sélective

Laisser un commentaire

Difficile de ne pas partager l’indignation de Laurette Onkelinx, ce dimanche midi, sur RTL-TVI: invitée par Pascal Vrebos, elle a attribué un zéro pointé à l’entreprise de courrier express DHL, pour le mépris affiché envers ses travailleurs. «Leur dire ainsi qu’ils peuvent déménager en Allemagne» pour accompagner le mouvement de délocalisation de leur entreprise est proprement scandaleux, a stigmatisé la vice-Première ministre socialiste.

Le problème, c’est que Laurette Onkelinx semble manifester là une certaine sélectivité de la mémoire. Pour son excuse, on dira que le temps a passé, depuis 1994, mais il n’en reste pas moins qu’à l’époque, elle était toujours élue PS de la circonscription de Liège, et que le PS liégeois applaudissait des deux mains à l’arrivée de TNT Express sur les hauteurs de Bierset.

TNT Express ne tombait pas du ciel: cette autre entreprise de courrier express était, jusque-là, basée à Cologne. Elle voulait quitter le Conrad Adenauer Airport parce qu’elle manquait d’espace pour s’y développer, parce qu’elle y craignait une prochaine interdiction des vols de nuit (qui ne s’est jamais produite), et parce que l’aéroport de Liège lui déroulait un tapis rouge… garni de subsides européens alléchants.

Piquant: TNT Express avait annoncé à ses employés colonais qu’ils… pouvaient l’accompagner à Liège. Après tout, les deux villes ne sont distantes que d’un peu plus de 150 kilomètres, et l’hypothèse paraissait plausible. Les syndicats allemands et le conseil d’entreprise de TNT étaient déjà prêts à négocier des remboursement des frais de déplacements, quand ils ont appris, de la bouche de… votre serviteur, venu prendre la température sociale sur place, qu’à Liège, on parlait de création nette d’emplois. En clair, qu’on n’envisageait nullement l’arrivée de travailleurs allemands sur les hauteurs de Bierset…

La réaction était prévisible: colère syndicale, et vive dénonciation d’un manquement inacceptable à l’esprit européen, censé souffler de la même manière sur les deux rives du Rhin. Et peut-être, à l’époque, des politiques allemands ont-ils ou ont-elles dénoncé le caractère méprisant de la  proposition de transfert formulée par les dirigeants de TNT Express à leurs travailleurs.

Louis XIV avait, en son temps, constaté que le mensonge par-delà les Pyrénées pouvait être vérité en-deçà. Le même postulat vaut sans doute pour le Rhin. Et les travailleurs de DHL ne se consoleront pas à l’idée que notre pays a aidé à faire à leurs collègues allemands de TNT un coup semblable, il y a une quinzaine d’années. L’esprit européen continue, depuis lors, à prendre des coups, d’autant que l’Union Européenne s’est agrandie depuis lors. Et que les possibilités de délocalisation vers des pays aux salaires plus attractifs pour les employeurs se sont ainsi multipliées.

La mémoire est la faculté d’oublier, c’est vrai. Et l’expérience n’est que la somme de nos erreurs accumulées. Il n’empêche: si les principaux et principales responsables politiques des pays d’Europe ne se décident pas, un jour, à faire un trait sur des pratiques… qu’ils encouragent, alors des travailleurs continueront encore longtemps à faire les frais de délocalisations juteuses pour leur employeur, ici et ailleurs…

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 348 followers