Questions oiseuses sur une hypothétique abdication


Dire que les Néerlandais étaient unaninement enthousiastes, hier, pour accueillir Willem-Alexander, leur nouveau roi (le premier depuis 123 ans!) et la reine Maxima serait trahir la vérité: à Maastricht, où j’étais, il y avait très peu de monde le matin, pour suivre, sur l’écran géant dressé sur le Vrijthof,  la double signature de l’acte d’abdication par lequel Beatrix transmettait le trône à son fils aîné. Et si, sous le soleil, la foule était plus dense l’après-midi, pour regarder la cérémonie de prestation de serment, il n’y a eu aucune acclamation, et les applaudissements ont été mesurés, sauf au moment où, dans son discours, Willem-Alexander a exprimé les remerciements du pays à sa mère. L’ambiance était plus animée, et l’assistance nettement plus nombreuse, à la brocante organisée, au même moment, sur les rives de la Meuse…

Pour autant, le nouveau souverain néerlandais a réussi son «examen de passage»: on l’a senti maître de lui, au moment de vivre cet événement important dans sa vie. Il s’est exprimé d’une voix assurée, dans un langage simple et accessible, qui l’a fait apprécier de la population des Pays-Bas.

Chez nous, la passation de pouvoir entre Beatrix et Willem-Alexander a relancé le débat sur la possible (probable?) abdication d’Albert II:  les uns affirment avec certitude que le roi se retirera avant la fin de l’année; les autres prédisent qu’il restera en fonctions jusqu’à l’année prochaine, l’année électorale de tous les dangers; et certains, enfin, expliquent qu’il n’y a là que rumeurs, même si les tenants de la thèse adverse affirment tenir leurs informations de source évidemment anonyme mais très bien informée.

Jamais, pourtant, jusqu’ici, dans ces débats, je n’ai entendu faire remarquer que la monarchie néerlandaise, et, dans une moindre mesure, la monarchie grand-ducale qui est de la même lignée, constitue une… exception notoire parmi les monarchies européennes. Il n’est question d’abdication ni en Suède, ni en Norvège, ni en Espagne, ni au Royaume-Uni, alors que, partout, les souverains en poste ont dépassé, parfois largement, l’âge de la retraite. La moyennâgeuse règle monarchique, qui veut qu’un roi, ou une reine, meure à son poste semble toujours impérative.

Le paradoxe, c’est qu’ainsi, les héritiers s’approchent eux-mêmes de l’âge de la retraite: Charles d’Angleterre vit ainsi la même situation inconfortable que son ancêtre Edouard VII, que la longévité de sa mère, la reine Victoria, n’autorisa à devenir roi qu’à l’âge de soixante ans, en 1901. Et son règne de neuf ans, fut ainsi un des plus courts de l’Histoire moderne du Royaume-Uni. Le cas de  Frédéric III d’Allemagne est plus dramatique: son père, Guillaume Ier, ne décédant qu’à l’âge de 90 ans, il ne devient empereur, en mars 1888, qu’à l’âge de 57 ans, miné par un cancer de la gorge qui l’emportera en juin de la même année, sans qu’il ait eu le temps de transformer l’empire en monarchie parlementaire. Et peut-être changer le cours de l’Histoire mondiale…

Philippe a aussi résolument doublé le cap du demi-siècle d’existence. Et si l’abdication éventuelle d’Albert II fait tellement peur dans certains milieux, c’est, dit-on toujours, en fonction des questions qu’on se pose sur sa «préparation» à son rôle de roi.

La question, une nouvelle fois, est absurde. Si, à 53 ans, Philippe de Belgique n’est pas prêt  à exercer la fonction royale, il ne le sera jamais! Et puis d’ailleurs, une formation particulière est-elle requise pour devenir roi? Il n’existe à ma connaissance aucun diplôme patenté qui mène à la fonction. Pas plus qu’un(e) président(e) de la République ne doit avoir effectué un parcours déterminé pour accéder à la fonction. Instaurer ce type d’exigence reviendrait à créer une fonction élective capacitaire, incompatible avec la démocratie et le suffrage universel: chez nous aussi, aucune formation n’est requise pour siéger au parlement, devenir ministre, ou accéder au poste de Premier ministre…

Par ailleurs, depuis l’origine, le roi n’a (heureusement) pas chez nous de pouvoir personnel: dès le XIXeme siècle, on qualifiait d’ailleurs la monarchie belge de «république couronnée». Ce qu’on attend du chef de l’Etat, c’est donc une écoute, une réserve, une qualité d’empathie. Bref des qualités dont il est légitime de se demander si Philippe les possède.

Il n’y a pas si longtemps, en effet, le prince héritier s’était affiché comme investi d’une mission: combattre le nationalisme flamand le plus extrémiste. Et on se rappelle son attitude, lors d’une réception de nouvel an au Palais de Bruxelles, à l’égard de deux journalistes flamands de premier plan. Depuis lors, Pol Van Den Driessche, tenté par l’aventure politique, d’abord au CD&V puis à la N-VA, a chuté de son piédestal, emporté par des accusations de harcèlement sexuel; mais Yves Desmet, lui, est toujours rédacteuf en chef incontesté du «Morgen»…

J’avais à l’époque comparé la "psychorigidité" de Philippe de Belgique, décelable dans sa manière «coincée» de s’exprimer, à celle de son grand-père, Léopold III. Dans son «Testament politique» de 1944, ce dernier exigeait que ceux qui avaient porté contre lui des accusations injustes, mais compréhensibles dans le contexte de la débâcle, en mai 1940 s’en excusent publiquement, faute de quoi, expliquait-il, ils ne pourraient plus exercer de fonction publique en Belgique. Cet ostracisme fera une victime: le Premier ministre, Hubert Pierlot, scandaleusement cloué au pilori, alors qu’avec Paul-Henri Spaak, Camille Gutt, et Albert De Vleeschauwer, il avait sauvé l’honneur de la Belgique, en lui permettant de maintenir la Belgique dans la guerre contre le nazisme.

Rejeté par les Wallons,  Léopold III a conduit la Belgique au bord de la guerre civile. Le contexte, aujourd’hui, est heureusement moins dramatique. Mais la seule question qui vaille est de savoir si Philippe, demain, sera ou non accepté par les Flamands. S’il ne l’est pas, toutes les réserves sur sa formation, ou sa capacité à succéder à son père, seront plus oiseuses que jamais…

Toutes les cannes royales ne font pas jaser


Il a donc suffi que le roi Albert II apparaisse en public appuyé sur une canne pour que la rumeur de sa prochaine (?) abdication reparte avec vigueur, au point que la chaîne publique a cru devoir consacrer une partie de son débat dominical à ce problème, après un examen de l’action des sculpturales «Femen», dont il a été question déjà sur ce blog.

Personnellement, je ne trancherai pas la question: professionnellement, je n’ai aucun contact avec le Palais, et, à dire vrai, je ne suis l’actualité royale ni en télévision, ni dans les magazines spécialisés dont les têtes couronnées sont le fond de commerce. Mais je ne peux m’empêcher de me demander si certains de mes doctes confrères ou consœurs qui discourent avec autorité sur le sujet en savent, dans le fond, beaucoup plus que moi, ou si leur propos ne constituent qu’une aimable élocution, ici sur l’usage d’une canne royale.

imagesUn précédent historique devrait toutefois inciter à la plus grande prudence: à la fin de sa vie, et de son règne, Léopold II, l’arrière-grand-oncle d’Albert II, a été photographié à plus d’une reprise la canne à la main. Sans que les journalistes de l’époque ne se perdent en conjectures sur une abdication prochaine, à laquelle le deuxième roi des Belges ne songeait par ailleurs nullement.

Certes, Léopold II est décédé à 74 ans, alors qu’Albert II célébrera l’an prochain ses 80 ans. Mais le constat mathématique n’est pas significatif. Parce que l’espérance moyenne de vie des Belges, au début du XXeme siècle, était loin d’atteindre la nôtre. Notamment parce que la médecine de l’époque ne disposait pas des outils qui sont les siens aujourd’hui. Le vieillissement s’en trouvait nécessairement accéléré.

892313022On objectera peut-être que les tensions communautaires empoisonnent la vie du chef de l’État actuel. Mais on ne peut conclure des fréquents séjours de Léopold II à Paris ou à la Côte d’azur que la fin de son règne l’avait mis à l’abri de tout souci. Outre les problèmes privés avec ses filles, qu’il s’apprêtait à déshériter; outre le souci qu’il avait de transférer à la Belgique l’État du Congo, dont il était le souverain ô combien critiquable et critiqué, il y avait l’approche de la Première guerre mondiale, que Léopold II avait sentie venir: la dernière loi qu’il allait signer, pratiquement sur son lit de mort, portait sur le service militaire obligatoire d’un fils par famille.

Comparaison n’est bien sûr pas raison, surtout à plus d’un siècle de distance. Mais la connaissance de l’Histoire peut à l’inverse éviter des commentaires aussi oiseux que hâtifs…

Des Brigadistes de 1936 aux «volontaires» de 2013: vérité espagnole et erreur syrienne?


Le conseil des ministres débat, ce vendredi, des mesures à prendre pour empêcher de jeunes Belges, embrigadés dans des circonstances douteuses, d’aller rejoindre les rangs de ceux qui combattent le régime de Bachar el-Assad en Syrie. On peut le comprendre, d’autant qu’un certain nombre de recrues ainsi endoctrinées sont des mineurs d’âge, qu’on peut attendre en principe partout sauf sur le champ de bataille d’une guerre civile au cortège toujours renouvelé de crimes et d’horreurs.

bi2En cela, la guerre en Syrie ne se distingue pas de toutes les autres guerres civiles, et notamment de la guerre civile espagnole, qui a établi peut-être de sinistres records en la matière.

À l’époque, on s’en souvient, le gouvernement républicain, attaqué par la rébellion franquiste, avait fait appel à la solidarité internationale, et nombreux ont été les volontaires à rallier les Brigades du même nom. Pas vraiment avec l’approbation de leurs gouvernements (et notamment du gouvernement belge de l’époque, pour les volontaires belges…) mais en tout cas avec le soutien de nombreuses organisations, et eelui de tout le peuple de gauche.

Les Brigades internationales ont joué un rôle important dans la défense du régime républicain espagnol. Franco l’avait d’ailleurs si bien compris qu’il n’a eu de cesse d’obtenir leur départ. Une fois les Brigades parties, il ne lui a pas fallu longtemps pour porter le coup de grâce à la République, et instaurer sa sanglante dictature pour près de quatre décennies.

A priori, le régime syrien de la famille el-Assad n’a rien à envier, sur le plan de la cruauté, à cette dictature franquiste. Pourquoi, dès lors, les «volontaires» de 2013 ne bénéficient-ils pas du même capital de sympathie que leurs prédécesseurs, les «Brigadistes»?

Syrie-2013Plusieurs éléments, sans doute, expliquent cette défiance, qui, rappelons-le, était aussi celle des gouvernements en 1936-1937.

Le premier élément, et sans doute le plus important, qui nourrit le malaise, est le fait que le caractère volontaire de l’engagement de ces «résistants» est, pour un certain nombre d’entre eux et en tout cas pour les mineurs d’âge, largement contestable. Cet engagement n’a d’ailleurs pas le caractère public qu’avait celui des «Brigadistes», soutenus par tout un tissu associatif.

Les Brigades internationales défendaient par ailleurs un gouvernement démocratiquement élu, aux prises avec une rébellion militaire. Bien sûr, l’opposition syrienne bénéficie actuellement d’une large reconnaissance internationale, y compris au sein de la Ligue arabe, mais, et pour cause, elle ne bénéficie pas (encore?) d’une légitimité démocratique. Et par ailleurs, on la sait traversée par divers courants, instrumentalisés par les puissances régionales que sont l’Arabie Saoudite ou le Qatar. Sans oublier la mouvance intégriste.

Et c’est sans doute ce dernier élément qui marque le plus la différence de traitement entre les «volontaires» de 2013 et les Brigadistes de 1936. Non pas que la guerre civile espagnole n’ait pas eu le caractère d’une guerre de religion, entre un intégrisme catholique poussé à son paroxysme, et un intégrisme stalinien, qui a commencé par faire des victimes, anarchistes notamment, dans les propres rangs républicains. Mais le gouvernement que les Brigadistes défendaient était, rappelons-le, issu démocratiquement des urnes.

Les prêcheurs fanatiques qui embrigadent des jeunes, chez nous, ne rêvent pas d’un régime démocratique pour la Syrie: c’est un pays radicalement islamiste qu’ils veulent créer, d’où diffuser ensuite leur «guerre sainte». Et l’inquiétude de nos autorités est aussi de savoir ce que feront les «volontaires» envoyés au feu, une fois que, la guerre civile terminée, ils reviendront chez nous.

Les Brigadistes de 1936 suscitaient également la méfiance, à leur retour. Certains ont été internés. Mais on les a rapidement retrouvés les armes à la main. Dans la Résistance face au nazisme. Leur vision du monde était aux antipodes de celle des islamistes radicaux…

Trop d’étrangers chez nous, pour la «députée-burgmeesteres» allochtone N-VA


Interview assez surréaliste que celle recueillie par mon confrère François Brabant du "Vif-L’Express": celle de Zuhal Demir, la première députée-bourgmestre issue de l’immigration en Flandre. La «mayeure» du district d’Anvers-centre n’a pas sa langue en poche et, surtout, a viré sa cuti de fille de délégué syndical (CSC), puisqu’elle est élue N-VA. Étrange? Sans doute, mais Victor Hugo n’écrivait-il pas dans son Histoire de la novice, dans un contexte il est vrai tout à fait étranger au syndicalisme et à la politique, qu’«on voit des biches qui remplacent leurs beaux cerfs par des sangliers»?
ZUHAL_DEMIR_675Pour en revenir à Zuhal Demir, si on doit lui reconnaître un franc-parler certain, elle l’utilise surtout pour proférer l’une ou l’autre "hénaurmité". Qu’elle estime qu’il faut limiter à deux ans au maximum la durée maximale du chômage, voilà qui doit donner lieu à de piquants échanges avec son paternel.
Mais où la donzelle ne manque singulièrement pas d’air, c’est quand elle assène qu’il y a… beaucoup trop d’étrangers en Belgique. «Un tel afflux implique de financer des programmes d’intégration, de construire des écoles. Notre système n’est pas prévu pour absorber une si grosse mass» affirme-t-elle sans aucun complexe.

Si on la comprend bien, donc, il ne faut pas accorder à de nouveaux arrivants les opportunités qui lui ont été offertes à elle, fille de travailleur immigré? Et en fonction de quel critère,svp? Maintenant que Zuhal Demir à sa part de gâteau, elle n’entend donc plus la partager?
Au fond, cette posture explique bien plus son adhésion à la N-VA, que la compréhension que cette Kurde d’origine dit avoir eue pour la «résistance flamande à la domination francophone» (sic) qu’elle n’a jamais connue mais que lui a peut-être expliquée le grand historien flamand Bart De Wever: le nationalisme de la N-VA est de la même veine égoïste, c’est celui de tous les nationalistes nantis qui de la Padanie à l’Écosse en passant par la Catalogne, ne veulent plus entendre parler de solidarité. D’où aussi leur antisyndicalisme primaire qui est aussi celui de Mme Zuhal.
On souhaite en tout cas bien du plaisir à ses administrés d’origine etrangère: chez les xénophobes aussi, les convertis sont les plus zélés !

Qui est le Sap de l’ACW?


La démission du ministre des Finances, Steven Vanackere (CD&V) qui s’est dit empêché de poursuivre sa tâche dans le climat de suspicion qui l’entoure depuis les accusations lancées contre lui par la N-VA, à propos des taux d’intérêts particulièrement intéressants qu’aurait consentis la banque Belfius au Mouvement Ouvrier Chrétien flamand nous remémore l’atmosphère délétère des années 30. Comparaison n’est pas raison, certes, et M. De Wever et les siens, s’ils ont connaissance de ce billet, ne manqueront pas de s’offusquer, mais la campagne qu’ils ont lancée ces derniers jours contre l’ACW rappelle étrangement les attaques lancées, avant guerre, et au début de sa résistible ascension, par Léon Degrelle.

Tribun de première classe, porte-parole des milieux catholiques traditionnels, le futur «Fou Rex» fera ses grands débuts dans la politique nationale à l’occasion de son «coup de Courtrai», quand il attaque de plein fouet la direction du parti catholique. Dans les semaines et les mois qui suivent, Degrelle poursuit ses attaques contre des élus du même parti, et s’il est condamné pour «affirmation injurieuse», par exemple le 13 mai 1936, dans un procès que lui font le sénateur Philips et le député de Burlet, les attendus du jugement… confirment les accusations qu’il avait portées à leur égard.
Ce qu’on ne sait pas à l’époque, c’est qu’une des «taupes» du parti catholique n’est autre que le ministre Gustaaf Sap, qui se sert de Degrelle pour régler ses comptes à l’intérieur de sa propre formation. Écarté du gouvernement en 1934, l’homme politique flandrien en voulait à la direction du Boerenbond, et persuadé que l’organisation paysanne avait été favorable à la dévaluation du franc belge pour sauver l’Algemene Bankvereniging de la faillite, il fera diriger des soupçons contre elle, dans la première commission parlementaire d’enquête de l’Histoire de Belgique, consacrée précisément à cette disposition.

ges_gustaafsap_smallEnnemi juré de Paul Van Zeeland, Sap, qui dirige alors le «Standaard» multipliera les attaques contre lui au Parlement, notamment avant l’élection du 11 avril 1937, qui voit le Premier ministre écraser Léon Degrelle dans une élection partielle à Bruxelles. Paul Van Zeeland tombera pourtant, notamment sous les coups de boutoir de Léon Degrelle, subrepticement «tuyauté» par Sap, qui accusera lui-même le Premier ministre de malversations financières à la Banque Nationale. Sap, lui, entre-temps, aidera à la conclusion de l’accord entre le VNV et Rex, futurs associés sanglants de la collaboration servile avec l’Allemagne nazie. Sa «trahison» à l’égard de Paul Van Zeeland lui vaudra, au passage, une mise à l’écart temporaire de sa propre formation politique…

Le parallèle avec les récents événements politiques sont tentants. Certes, De Wever n’est pas Degrelle, mais son talent oratoire procède également de la veine populiste. Et là où le Boerenbond était la cible, l’ACW a pris le relais aujourd’hui. Les accusations, elles, sont restées identiques: des malversations financières, réelles ou supposées, dans le contexte d’une faillite bancaire évitée.

Reste la question qui doit tourmenter Patrick Develtere, le président de l’ACW: qui est le Gustaaf Sap au sein de sa propre organisation?

 

Il est temps de faire barrage à «Attilakschmi» Mittal!


Je me suis abstenu, hier, de commenter l’annonce, faite le matin aux syndicats métallos, du massacre à la tronçonneuse que le groupe ArcelorMittal s’apprête à pratiquer dans la phase à froid, après avoir mis à mort la phase à chaud de la sidérurgie liégeoise. Je voulais éviter la simple expression de la colère qui est aussi la mienne, quand je pense à ces travailleurs hautement qualifiés, et à leurs représentants syndicaux qui, depuis des mois, se heurtent à un mur de promesses non tenues, et, par surcroît, se voient accuser aujourd’hui par une direction, là franchement indécente, d’avoir provoqué le marasme actuel en refusant de signer un accord social dont il sentaient, et cela s’est vérifié, qu’il n’était qu’un cache-nez. Cela me rappelle cette réflexion désabusée d’un travailleur de Ford Genk, il y a quelques semaines, qui me rappelait que les ouvriers limbourgeois avaient accepté une modération salariale et s’étaient abstenus de tout mouvement de grève, pour sauver leur usine. «Peut-être n’avons-nous pas suffisamment fait grève» soupirait ce travailleur cocufié.

55cdf203659a7703a788fcf4c471_grandeLes responsables politiques, eux, ont mis moins de gant. «Crapule et arnaqueur» pour le député-bourgmestre PS de Seraing, Alain Mathot, Lakshmi Mittal est un «bandit» pour la coprésidente d’Ecolo, Emily Hoyos. Pour brutaux qu’ils soient, les qualificatifs traduisent le sentiment de tout le bassin liégeois, et de façon plus large de tous ceux qui suivent de près le dossier sidérurgique, devant cette flibuste sociale organisée, annoncée par des dirigeants (?) européens (???) du groupe qui, ensuite, n’ont pas même eu le courage d’affronter les journalistes en conférence de presse. Lamentable…

Mais au-delà de l’invective, que faire?

  • Les métallurgistes liégeois interpellent plus que jamais le pouvoir wallon en réclamant la nationalisation de la sidérurgie. Dans le contexte budgétaire actuel, cela apparaît comme une utopie: le ministre wallon de l’Économie, Jean-Claude Marcourt (PS), se donne deux mois pour trouver un repreneur pour l’ensemble du site.
  • Il est de fait un peu court de décréter, comme l’a encore fait hier à la RTBF de manière assez consternante l’ancien exécutant des directives de Jean Gandois à la tête de Cockerill-Sambre, que la sidérurgie n’avait de toute manière plus d’avenir en Wallonie. La sérésienne CMI, par exemple, qui croulait  à l’époque de Philippe Delaunois, a été magistralement redressée par Bernard Serin, son successeur, après la reprise de Cockerill-Sambre par Usinor. Segal, à Ivoz-Ramet, dont Cockerill-Sambre a dû se débarrasser à l’époque pour satisfaire aux exigences des autorités européennes de la concurrence, tourne à plein régime et est suffisamment alimentée, parce que le groupe Corus, hier, le groupe Tata Steel aujourd’hui, en ont fait leur ligne de galvanisation de référence. Si la sidérurgie à froid liégeoise, aujourd’hui, est en voie de disparition, c’est bien parce que «Attilakshmi» Mittal a décidé de la tuer!
  • Dans cette perspective, ne serait-ce le contexte budgétaire, la nationalisation temporaire aurait du sens. On n’a pas assez dit qu’en France, le projet du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, «porté» par Bernard Serin et le groupe Severstal, était rentable! S’il ne s’est pas réalisé, c’est parce que «Attilakshmi» Mittal a pratiqué un chantage éhonté sur le gouvernement Ayrault, en lui rappelant qu’il a d’autres grands sites sidérurgiques français (Dunkerque, Fos-sur-Mer) dans son giron…
  • La recherche d’un repreneur peut donc donner des résultats, à condition de pouvoir lui remettre l’ensemble du bassin liégeois. Faudra-t-il encore convaincre «Attilakshmi» Mittal de vendre ses installations, et, il faut bien le constater, le magnat indien, qui se réclame pourtant constamment des lois du marché, préfère laisser péricliter les outils qu’il n’utilise plus plutôt que de les céder à un concurrent. De quoi démontrer, si besoin en était qu’un concurrent pourrait les rentabiliser! Peut-on le forcer à plier? Maintenant qu’il a mis le gouvernement wallon dos au mur, plus aucune piste ne doit être négligée. Et pourquoi pas l’exproprier pour cause de salubrité sociale publique?
  • L’Europe pourrait-elle y trouver à redire? Sans doute. Mais il est grand temps, peut-être, que le pouvoir européen mette des limites aux pratiques d’«Attilakshmi» Mittal, qui veille, partout où il passe sur le continent, à ce que l’emploi meure et ne repousse jamais!
  • Et si tout ça devait échouer, reste une arme ultime: la dépollution en profondeur des sites industriels. Le groupe ArcelorMittal dit prudemment que, le cas échéant, il remplira «ses obligations légales»: on ne peut s’en contenter, d’autant qu’on sait le cas que le groupe fait de ses engagements, sociaux et légaux! Il faudra peut-être rappeler à «Attilakshmi» Mittal que, quand il a racheté le groupe Arcelor, il a repris, chez nous, ses sites dans un état de lui bien connu, c’est-à-dire largement pollué. Et comme tous les propriétaires, il a repris dès lors les obligations liées à cet état. Dépolluer coûtera énormément d’argent: c’est le moment de toucher «Attilakshmi» Mittal, là où il peut avoir mal, à son portefeuille! L’obliger à dépolluer les sites liégeois lui coûtera un pont, mais surtout créera un précédent en Europe. La piqûre financière sera bien plus douloureuse que les 55  malheureux petits millions de dollars qu’il a dépensés, en 2004, pour le mariage de sa fille adorée, Vanisha. Ou que les sommes qu’il a engagées pour parader, flamme olympique à la main (à la grande colère des syndicalistes liégeois) dans les rues de Londres, en juillet dernier, et les montants qu’il a dépensés, à cette occasion, pour décorer (?) la capitale britannique d’un de ses plus affreux monuments.

Et la liberté de la presse en Turquie, bordel?


Ahmet Davutoğlu, Sadullah Ergin, et Idris Naim Şahin ont de la chance: les ministres turcs des Affaires étrangères, de la Justice et de l’Intérieur seront à Bruxelles ce mardi, et ils seront repartis deux jours plus tard. Ils n’auront donc pas le temps de prendre connaissance de la résolution sur la liberté de la presse en Turquie, qui figure à l’ordre du jour de la séance plénière du Sénat, ce prochain jeudi.

C’est bien regrettable, car le texte, malgré les nouvelles manœuvres de retardement et tentatives d’étouffement du PS (surtout) et du cdH, qu’on a déjà connus mieux inspirés, cible clairement la Turquie pour ses atteintes à la liberté de la presse, contrairement à la résolution sur le même sujet que le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a récemment édulcorée sous la pression des mêmes partis.

Certes, la résolution qui sera soumise au vote des sénateurs, ce jeudi, s’intitule « Proposition de résolution visant au respect de la liberté de la presse en Turquie, ainsi que dans les autres pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne, l’Ancienne République yougoslave Macédoine (ARYM), Monténégro, Bosnie-Herzégovine et Serbie». Mais c’est de toute évidence la Turquie que le texte vise. Le premier considérant rappelle en effet que, sur une échelle de 1 à 5, Reporters Sans Frontières a classé le Monténégro et les pays de l’ex-Yougoslavie au niveau 3 (problème sensible), et la Turquie au niveau 4 (situation difficile). Le considérant D rappelle «la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qui s’est prononcée dans de nombreuses affaires concernant diverses mesures prises par les autorités turques à l’encontre de journalistes, rédacteurs en chef et éditeurs, qui a souligné "qu’il incombe à la presse de communiquer des informations et des idées sur des questions politiques, y compris sur celles qui divisent l’opinion" et qui a considéré "les ingérences dans le droit à la liberté d’expression disproportionnées au but poursuivi et constitutives d’une violation de l’article dix de la Convention" ». Le considérant J évoque «les appels du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme et de la représentante de l’OSCE pour la liberté de la presse et la garantie de la liberté d’expression et de la presse auprès des autorités turques». Le considérant K fait explicitement référence à «la campagne de la Fédération européenne des journalistes qui, depuis plus d’un an, vise à soutenir les journalistes turcs emprisonnés du simple fait de l’exercice de leur profession». Le considérant O rappelle «que la Commission européenne a reconnu une amélioration de la situation de la liberté de presse et de la liberté d’expression dans les pays candidats à l’adhésion à l’Union Européenne en octobre 2012 à l’exception de la Turquie où la situation semble empirer (communication de la Commission européenne au Parlement Européen et au Conseil  intitulée "Stratégie d’élargissement et principaux défis 2012-2013" (COM (2012) 600) du 10 octobre 2012)». Et le considérant Q signale «l’ouverture d’un procès important le 4 février dans l’enceinte de la prison de Silivri et dès lors l’urgence qu’il ya à se prononcer sur les problèmes de liberté de la presse et à adopter la présente résolution». Et si les trois premières mesures réclamées du gouvernement par la motion soumise au vote du Sénat mentionnent… la Turquie et les autres pays candidats à l’adhésion à l’Union Européenne, la quatrième, dans son dernier alinéa, y fait clairement référence: nos ministres sont invités à «faire pression sur les autorités turques afin que les journalistes incarcérés soient libérés dans les plus brefs délais». DSC_5050

Les ministres turcs ont donc de la chance: ils échapperont… peut-être aux questions des journalistes sur les atteintes répétées à la liberté de la presse dans leur pays. Les défenseurs belges des journalistes turcs emprisonnés, eux, ont moins de chance: ils ne pourront inviter leurs homologues Didier Reynders, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères; Joëlle Milquet, vice-Première ministre et ministre de l’Intérieur; Annemie Turtelboom, ministre de la Justice, et Maggie De Block, secrétaire d’État à l’Asile et à l’Immigration comment ils peuvent concilier le «Memorandum of understanding» qu’ils s’apprêtent à signer avec leurs invités avec cette invitation pressante à exiger d’eux une liberté de la presse reconnue dans notre pays depuis sa création, en 1830. Nos ministres auraient en effet trop beau jeu de s’abriter derrière un texte qui doit toujours être débattu au Sénat, et pourrait donc, ce qui est peu probable, encore être amendé.

Il n’empêche, Didier Reynders avait répondu sans équivoque, il y a quelques semaines, à un courrier que la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) et l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique (AGJPB) lui avaient adressé il y a quelques semaines, pour leur dire qu’il partageait leurs inquiétudes pour la liberté de la presse en Turquie, qu’une délégation du MR allait ensuite visiter pour en revenir avec les mêmes conclusions. Nous ne pouvons donc qu’être inquiets quand le but déclaré de la rencontre de ce mardi est de «nouer un dialogue entre les autorités politiques des deux pays sur des sujets d’intérêt commun, tels que la lutte contre le terrorisme, la coopération policière et judiciaire, la coopération consulaire, et les dossiers d’asile et de l’immigration».

Doit-on entendre par là que la répression visant les journalistes turcs d’origine kurde, déjà lourdement réprimés en Turquie, va s’étendre à la Belgique? Et les journalistes belges qui dénoncent les multiples atteintes à la liberté de la presse en Turquie seront-ils invités à modérer leur propos? En ce qui nous concerne, en tout cas, nous ne relâcherons pas la pression. Et tant pis pour la diplomatie! Il est des principes avec lesquels on ne peut transiger! Encore heureux que le Parlement européen, lui, l’a bien compris…

Dissolvons donc le peuple!


Ainsi donc, le PS, paraît-il, s’est mis «en ordre de bataille» pour les scrutins multiples qui nous attendent en 2014: grand bien lui fasse! Il n’y a rien que de très normal, après tout, qu’un parti s’organise pour remporter une élection, et qu’il se donne les moyens d’y parvenir.

Pourtant, avec l’accession de Paul Magnette à la présidence… ff du Parti Socialiste, il reste comme un malaise. D’abord, précisément, parce qu’il n’est «que» faisant fonction. On se doute bien, c’est évident, qu’il sera bien plus difficile à déloger de son fauteuil, surtout si le PS remporte les élections de 2014, qu’un Thierry Giet qui s’est laissé gentiment remettre au placard.1292857201paul-magnette

Mais alors, si le nouveau bourgmestre de Charleroi (que Jean-Maurice Dehousse qualifiait encore dernièrement d’«homme politique plus dangereux que Bart De Wever» !) est le merle blanc dont le Parti Socialiste avait besoin, pourquoi diable ne l’avoir pas fait élire au suffrage universel des membres, puisque le PS, à juste titre, se targue d’avoir été le premier parti à instaurer ce mode d’élection démocratique de son plus haut dirigeant?

Autre bémol: Paul Magnette n’aura pas été un seul jour bourgmestre à temps plein de Charleroi. Sauf erreur de ma part, pourtant, quand il a fait campagne pour l’écharpe dans la cité du Marsupilami, et qu’il a écarté sans coup férir de sa route un Paul Ficheroulle puis un Éric Massin, c’était avec l’ambition affichée de prendre la direction de la capitale du Pays Noir, afin d’y achever la mise en place de cette fameuse nouvelle gouvernance, dont on nous rebat les oreilles. Je serais un électeur carolo qui a voté des deux mains pour cet homme providentiel, le 14 octobre dernier, je me sentirais tout de même drôlement cocu. Car on voit bien aujourd’hui, si on en doutait encore, que ce qui intéresse le dandy Paul Magnette n’est pas de mettre les mains dans le cambouis, mais de fréquenter les sphères bruxelloises du pouvoir fédéral. Charleroi s’est bien gérée sans lui; elle continuera à être gérée avec lui comme bourgmestre à mi-temps. Et tant pis si son image mettra peut-être ainsi deux fois plus de temps à se redresser: de toute manière, ce travail est à très long terme!

Dans ces deux cas, c’est la démocratie directe qui est ainsi contournée. Mais il y a mieux, avec la désignation de Jean-Pascal Labille au ministère des Entreprises publiques, tout juste délaissé par Paul Magnette. «Jean-Pascal qui?», dire-vous peut-être. Et c’est sans doute très injuste pour le secrétaire général des Mutualités socialistes qui, comme l’a dit la vice-Première ministre, Laurette Onkelinx, ce matin, en radio, est un «homme très compétent».

Nous ne nous permettrons évidemment pas de mettre en doute la parole de la nouvelle présidente de la Fédération bruxelloise du PS (où tous les rôles ont décidément été redistribués). Mais là aussi, il y a comme un problème.actioncommune

Car Jean-Pascal Labille, qu’on voit à gauche de la photo, en compagnie du ministre wallon de l’Économie, Jean-Claude Marcourt, du bourgmestre de Blégny; et de Marc Goblet, le président de la FGTB de Liège-Huy-Waremme, dans une belle manifestation d’Action commune, ne s’est, euh, comment dire, lui non plus pas soumis au vote de l’électeur.

Alors je le sais bien, il n’est pas obligatoire d’être parlementaire pour être ministre, et il est arrivé plus d’une fois dans notre histoire politique que des ministres soient choisis en dehors du Parlement. Ils l’étaient alors souvent en fonction de leur grande compétence dans le secteur qu’ils allaient être amenés à gérer, comme un Paul Hatry aux Finances, par exemple, ou, plus loin dans le temps, Paul Van Zeeland, lorsqu’il a occupé pour la première fois le 16 de la rue de la Loi.

On aurait donc pu imaginer Jean-Pascal Labille gérer un portefeuille social; il se retrouve aux… Entreprises publiques. Que, toujours selon Laurette Onkelinx, sa «longue habitude des relations sociales» l’aidera à gérer.

Et si on arrêtait de se raconter des histoires? Thierry Giet «dégommé» de la présidence ff du PS, il fallait bien trouver une compensation pour la Fédération liégeoise du PS. Mais comme personne ne se dégage indiscutablement d’une Fédération profondément divisée, et dont des figures de proue sont déjà installées ailleurs, à Namur notamment, le PS a coupé la poire en deux en choisissant un socialiste liégeois en marge du parti. Qui est surtout, la photo le montre, un proche du ministre wallon de l’Économie, Jean-Claude Marcourt, devenu lui aussi pour la première fois ministre, rappelons-le, sans être passé par le suffrage universel.  Jean-Claude Marcourt sera-t-il ainsi, par personne interposée, ministre fédéral des Entreprises publiques?

Tout cela relève donc de la manœuvre politicienne, et est bien éloigné du fonctionnement démocratique du plus grand parti wallon, et des institutions fédérales. Cela illustre surtout parfaitement me semble-t-il, cette mordante citation de Bertolt Brecht: «Ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple, et d’en élire un autre?»

Liberté de la presse et liberté d’expression? Mais oui, bien sûr, évidemment…


Il a fallu quatre mois moins un jour pour qu’une première réponse arrrive au courrier, cosigné par votre serviteur, et par les coprésidents de l’AGJPB nationale, François Ryckmans et Marc Van de Looverbosch, et adressé le 17 janvier dernier au Premier ministre, Elio Di Rupo, et au ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, pour les sensibiliser aux atteintes à la liberté de la presse et d’expression en Turquie et au sort du journaliste Bariș Terkoğlu, "adopté" par l’AGJPB.

Le Premier ministre commence par excuser ce retard interpellant.

Il faut l’attribuer, explique-t-il, à la "mise en place de (son) cabinet" au cours de laquelle le courrier original se serait égaré. On en acceptera l’augure, même si on aimerait connaître les raisons du silence, dans le même temps, du ministre des Affaires étrangères.

"Je suis convaincu que la liberté de la presse est une des garanties de l’état de droit et de la démocratie", nous répond Elio Di Rupo, après avoir reçu copie de la lettre du 17 janvier. Des valeurs, poursuit le Premier ministre "que je tiens particulièrement à défendre, notamment à l’occasion des contacts internationaux que je suis amené à avoir".

Le propos nous réjouit,même si on ne peut moins en attendre, convenons-en, du Premier ministre d’un pays dont l’article 25 fait, depuis 1831, de la liberté de la presse un fondement essentiel du régime démocratique belge.

Mais au-delà? "Je ne manquerai pas de suivre attentivement la situation que vous évoquez et de relayer vos préoccupations dès que l’occasions (sic) s’en présentera" poursuit… et conclut Elio Di Rupo, avant les formules de politesse d’usage.

Quoi? Rien que cela? Notre demande de protestation officielle du gouvernement belge auprès du gouvernement turc, par le canal de l’ambassade de Turquie en Belgique? Notre exigence de libération immédiate de tous les journalistes turcs emprisonnés? Pas un mot!!!  Alors que va reprendre le procès de Bariș Terkoğlu et de ses collègues au Palais de Justice d’Istanbul, nous sommes consternés de voir combien la pétition de principe du chef de gouvernement se révèle vide de sens, à l’épreuve de la "Realpolitik"…

Que dirons-nous à l’épouse de Bariș Terkoğlu, Özge Izdes, quand nous la retrouverons, le 18 juin, au Palais de Justice d’Istanbul? Que répondrons-nous aux membres des familles de la centaine de journalistes turcs incarcérés? Que le gouvernement de Recep Tayip Erdogan a désormais les mains complètement libres pour étouffer la liberté d’expression dans son pays?

Leyla Zana condamnée: la Turquie d’Erdogan renoue avec la Turquie des militaires

Le constat, hélas, est conforté par la condamnation à dix ans de prison de Leyla Zana, jugée jeudi coupable par la cour pénale de Diyarbarkir de "propagande en faveur d’une organisation terroriste".

Première députée kurde élue au Parlement d’Ankara, Leyla Zana avait déjà été condamnée, en 1994, pour des propos comparables à quinze ans de prison. Elle avait été relâchée au bout de dix ans, grâce à la pression internationale. Elle avait notamment reçu le prix Sakharov durant son séjour en prison.

"La condamnation d’hier est comparable à celle qu’elle avait subie dix huit ans plus tôt. Elle prouve donc que la liberté d’opinion est encore aujourd’hui menacée en Turquie par les tribunaux et le code pénal", s’indigne la députée européenne française Hélène Flautre,qui préside la délégation du Parlement Européen pour les relations avec la Turquie.

"C’est pourquoi je demande au gouvernement turc ainsi qu’au parlement turc de prendre les mesures législatives nécessaires afin d’assurer une réelle liberté d’opinion en garantissant les libertés fondamentales, en réformant la loi anti-terreur et par conséquent, de libérer Leyla Zana de toute charge", conclut l’élue "verte" au Parlement Européen, en saluant le combat de Leyla Zana pour "la liberté de pensée".

Dans ces circonstances tragiques, ce langage politique sans équivoque nous fait chaud au cœur. Il souligne par contraste la mièvrerie navrante du gouvernement belge dans un dossier tout aussi essentiel.