La censure de retour chez nous également…


On la croyait enterrée définitivement, la censure vient de se rappeler à notre bon souvenir deux fois au cours de cette semaine.

Elle a tout d’abord été au centre d’une résolutions adoptées par l’assemblée générale de la Fédération Européenne des Journalistes, réunie à Verviers, au travers d’une motion danoise condamnant la censure de fait exercée par Apple. Une «censure 2.0» comme l’a joliment exprimé mon ami et confrère allemand Andreas Bittner lors de la discussion.

La censure «de fait» imposée par Apple repose sur la pudibonderie: la librairie en ligne iBooks a tout d’abord refusé un livre documentaire de Peter Øvig Knudsen sur le mouvement hippie danois. Raison invoquée: l’ouvrage comportait une série de photos de personnes nues.Sans demander l’avis de l’auteur, iBooks avait tout d’abord imposé que les parties sexuelles et les seins des hommes et des femmes ainsi photographiés soient barrés d’un trait rouge, mais Knudsen, une fois informé, a refusé le barbouillage, et son ouvrage a disparu de l’AppleStore.

Même sort pour le livre syrien «L’épreuve du miel», qui affichait un derrière nu sur sa couverture. Tandis que le titre de l’ouvrage de Naomi Woolfs «Vagin: une nouvelle biographie» a été réécrit: «V… une nouvelle biographie»!

La résolution adoptée à l’unanimité par l’assemblée générale de la FEJ évoque la tradition européenne d’une «presse libre et indépendante et d’une communication artistique et culturelle libre de toute censure».

Telle n’est pas, manifestement, la conception de Jan Peumans: le président N-VA du Parlement flamand a fait, comme on le sait, masquer le phylactère rédigé en français d’une planche du dessinateur bruxellois François Schuiten, figurant dans une exposition consacrée au «Monde des bandes dessinées en versions originales» présentée dans l’enceinte du Vlaams Parlement.

La mesquinerie de la mesure, là, laisse sans voix. Elle surprend dans le chef de l’ancien bourgmestre de Riemst, qui se déclare volontiers amoureux de la Wallonie. Elle traduit une petitesse de vue qui m’inquiéterait beaucoup, si j’étais Flamand, car à partir du moment où on censure une planche de bande dessinée, on ouvre la porte à toute forme de censure. L’intolérance pudibonde d’Apple n’est pas loin, en attendant, plus loin des autodafés de livres rédigés en français?

Luc Zeebroek, alias Kamagurka, partage, manifestement, cette inquiétude: il a dans la foulée demandé qu’on retire son œuvre présentée dans le cadre de la même exposition, et a exprimé son ras-le bol dans un tweet ironique à l’égard du président du Parlement flamand: «Ik ben het un peu Beu… mans», «J’en ai un peu marre, mec…».

Ce rejet de l’intolérance fait chaud au cœur. Il fait encore plus regretter l’absence de la scène flamande du grand chanteur anversois feu Wannes Van de Velde. Celui-là même qui chantait «De flamingant, ne me traitez, être flamand, c’est dur assez…»

Des solutions passéistes et sans avenir qui ne résoudraient rien


Entre l’Union Européenne et les Européens, c’est le grand désamour pour l’instant. L’austérité, décidément, n’est pas bonne conseillère: de l’«Alternativ für Deutschland» à l’«UK Independence Party», ou encore au Front National et au Front de gauche en France, les chantres d’une sortie de l’euro, ou de l’Union Européenne se sentent pousser des ailes. Et notamment celles et ceux qui, à l’intérieur de la zone euro, prônent la sortie de la monnaie unique et le retour aux anciennes monnaies, qu’on pouvait dévaluer à souhait, ou qui permettaient de laisser filer l’inflation, présentée par un Jean-Luc Mélenchon comme la solution-miracle qui permettrait à la France d’effacer une dette qu’elle ne remboursera jamais, insiste-t-il.

Les économistes rappellent pourtant que le retour à une monnaie nationale disparue au profit de l’euro se traduirait d’abord par une perte d’environ un quart du patrimoine de tous les habitants du pays concerné. Mais de cela, les tenants du repli identitaire se gardent bien de le préciser.

D’autres économistes sortent, eux, des thèses insolites. Hier, sur France 5, l’un d’entre eux évoquait ainsi la notion de «dette illégitime», qu’il conviendrait, de fait, de ne pas rembourser. Apparemment assez incrédule, l’animateur de l’émission «C dans l’air», Yves Calvi, lui a tout de même fait observer qu’un particulier qui emprunterait indéfiniment de l’argent à sa banque, puis déclarerait sa dette illégale et refuserait de la rembourser, se ferait vraisemblablement poursuivre pour escroquerie.

Certains brandissent régulièrement l’exemple islandais, où la population a refusé d’assumer la crise du secteur bancaire, et a été soutenue par le gouvernement. On rappelle rarement que le poids économique de l’Islande est limité. Et encore moins souvent que la bravoure islandaise a été payée par un certain nombre d’épargnants britanniques, puisque ce sont essentiellement des banques du Royaume-Uni qui détenaient la dette des banques islandaises.

En matière d’inflation, l’exemple argentin est aussi régulièrement invoqué: c’est en laissant filer à toute vapeur le taux d’inflation que l’Argentine aurait financé sa relance économique. On ne dit pas là non plus quel prix la population a payé, pour cette politique inflationniste débridée: toute une frange de la population a sombré dans la misère la plus noire, et ne profite pas de cette relance.

La belle affaire, dira-t-on: l’austérité, elle aussi, avec la litanie de fermetures d’entreprises qu’elle entraîne (mais en est-elle toujours la cause?) conduit des populations à la précarité. C’est un élément dont il faut évidemment tenir compte. Mais la remise à flot des finances publiques n’est-elle pas, à terme, une voie plus sûre pour créer les conditions de la relance, qu’une inflation débridée?

Tausend MarkL’Allemagne des années 20 a connu pareille situation. Et des témoins de papier subsistent toujours de cette époque. Il n’est pas indifférent de constater qu’entre le 15 septembre 1922 et le 22 août 1923, la Reichsbank a émis d’abord un billet de 1000 marks, puis un autre de… dix millions de marks. Et ce n’était pas le sommet puisque, au même moment, la ville et le canton d’Aix-la-Chapelle émettaient, eux, le 20 juillet 1923 un bilet de… cent millions de marks! Billet que, soit dit au passage, j’ai tenté en vain d’échanger dans une agence bancaire aixoise, au moment du passage à l’euro ( ;-) )

Zehn Millionen MarkLe contexte économique et politique d’aujourd’hui est très différent de celui de cette époque, c’est vrai. Et mon propos n’est évidemment pas d’assimiler les partis qui prônent un retour aux monnaies nationales, voire une politique inflationniste à tous crins, au parti nazi, dont l’ascension a été favorisée par le marasme économique du début des années 20 (et l’occupation franco-belge de la Ruhr qui en a résulté), puis, définitivement, par l’effondrement de l’économie allemande, à la suite du «Vendredi noir» de la Bourse de New York, en 1929.

Hundert Millonen MarkPar contre, on peut, à l’examen de ces billets de banque, sérieusement mettre en doute la théorie de la «baguette magique» qui permettrait de rétablir la situation économique à la faveur d’une inflation galopante: en économie aussi, les mêmes causes produisent les mêmes effets, et la population argentine du début du XXIeme siècle a subi les mêmes épreuves que la population allemande dans l’immédiat après-Première guerre mondiale.

Le souvenir de cette époque, et de ses funestes conséquences, a durablement marqué les esprits en Allemagne: c’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, la chancelière Angela Merkel défend becs et ongles le principe de l’orthodoxie budgétaire. Quitte à se faire clouer au pilori, parfois de manière indécente, dans toute l’Europe.

Sans aucun doute, pourtant, il faudra bien que, tôt ou tard, on sorte de ce culte aveugle de l’austérité absolue, pour tenter de relancer l’économie, ce que les gouvernements tentent de faire en «orientant» une partie de l’épargne, énorme, que les Européens, échaudés, stockent en dépit de toute logique sur des carnets d’épargne qui ne garantissent même plus un taux d’intérêt supérieur à l’inflation.

Aussi longtemps qu’on n’en sera pas là, les anti-Européens de tous poils continueront à braire. Notamment au Royaume-Uni, où l’UKIP n’est pas la seule à prôner un retrait de l’Union Européenne: si c’est le cas, au moins pourra-t-on se dire que le cheval de Troie états-unien n’est plus dans la place, et l’Europe pourra-t-elle avancer plus résolument vers la forme fédérale qui est son avenir. Entre-temps, elle réussit, dans les Balkans, où elle avait été singulièrement peu présente durant la guerre qui a déchiré l’ex-Yougoslavie dans les années 1990, à faire progresser la cause de la paix: la Croatie deviendra le vingt-huitième membre de l’Union au 1er juillet prochain, et, en Serbie, après le pardon demandé par le président Nikolic, qu’on présentait pourtant comme un nationaliste pur et dur pour le massacre de Sebrenica, le Parlement vient de voter une normalisation des relations avec le Kosovo. De quoi rappeler à tous ses détracteurs que l’Europe, c’est aussi près de septante ans de paix, depuis 1945: un acquis qu’il est parfois bon de se rappeler….

Questions oiseuses sur une hypothétique abdication


Dire que les Néerlandais étaient unaninement enthousiastes, hier, pour accueillir Willem-Alexander, leur nouveau roi (le premier depuis 123 ans!) et la reine Maxima serait trahir la vérité: à Maastricht, où j’étais, il y avait très peu de monde le matin, pour suivre, sur l’écran géant dressé sur le Vrijthof,  la double signature de l’acte d’abdication par lequel Beatrix transmettait le trône à son fils aîné. Et si, sous le soleil, la foule était plus dense l’après-midi, pour regarder la cérémonie de prestation de serment, il n’y a eu aucune acclamation, et les applaudissements ont été mesurés, sauf au moment où, dans son discours, Willem-Alexander a exprimé les remerciements du pays à sa mère. L’ambiance était plus animée, et l’assistance nettement plus nombreuse, à la brocante organisée, au même moment, sur les rives de la Meuse…

Pour autant, le nouveau souverain néerlandais a réussi son «examen de passage»: on l’a senti maître de lui, au moment de vivre cet événement important dans sa vie. Il s’est exprimé d’une voix assurée, dans un langage simple et accessible, qui l’a fait apprécier de la population des Pays-Bas.

Chez nous, la passation de pouvoir entre Beatrix et Willem-Alexander a relancé le débat sur la possible (probable?) abdication d’Albert II:  les uns affirment avec certitude que le roi se retirera avant la fin de l’année; les autres prédisent qu’il restera en fonctions jusqu’à l’année prochaine, l’année électorale de tous les dangers; et certains, enfin, expliquent qu’il n’y a là que rumeurs, même si les tenants de la thèse adverse affirment tenir leurs informations de source évidemment anonyme mais très bien informée.

Jamais, pourtant, jusqu’ici, dans ces débats, je n’ai entendu faire remarquer que la monarchie néerlandaise, et, dans une moindre mesure, la monarchie grand-ducale qui est de la même lignée, constitue une… exception notoire parmi les monarchies européennes. Il n’est question d’abdication ni en Suède, ni en Norvège, ni en Espagne, ni au Royaume-Uni, alors que, partout, les souverains en poste ont dépassé, parfois largement, l’âge de la retraite. La moyennâgeuse règle monarchique, qui veut qu’un roi, ou une reine, meure à son poste semble toujours impérative.

Le paradoxe, c’est qu’ainsi, les héritiers s’approchent eux-mêmes de l’âge de la retraite: Charles d’Angleterre vit ainsi la même situation inconfortable que son ancêtre Edouard VII, que la longévité de sa mère, la reine Victoria, n’autorisa à devenir roi qu’à l’âge de soixante ans, en 1901. Et son règne de neuf ans, fut ainsi un des plus courts de l’Histoire moderne du Royaume-Uni. Le cas de  Frédéric III d’Allemagne est plus dramatique: son père, Guillaume Ier, ne décédant qu’à l’âge de 90 ans, il ne devient empereur, en mars 1888, qu’à l’âge de 57 ans, miné par un cancer de la gorge qui l’emportera en juin de la même année, sans qu’il ait eu le temps de transformer l’empire en monarchie parlementaire. Et peut-être changer le cours de l’Histoire mondiale…

Philippe a aussi résolument doublé le cap du demi-siècle d’existence. Et si l’abdication éventuelle d’Albert II fait tellement peur dans certains milieux, c’est, dit-on toujours, en fonction des questions qu’on se pose sur sa «préparation» à son rôle de roi.

La question, une nouvelle fois, est absurde. Si, à 53 ans, Philippe de Belgique n’est pas prêt  à exercer la fonction royale, il ne le sera jamais! Et puis d’ailleurs, une formation particulière est-elle requise pour devenir roi? Il n’existe à ma connaissance aucun diplôme patenté qui mène à la fonction. Pas plus qu’un(e) président(e) de la République ne doit avoir effectué un parcours déterminé pour accéder à la fonction. Instaurer ce type d’exigence reviendrait à créer une fonction élective capacitaire, incompatible avec la démocratie et le suffrage universel: chez nous aussi, aucune formation n’est requise pour siéger au parlement, devenir ministre, ou accéder au poste de Premier ministre…

Par ailleurs, depuis l’origine, le roi n’a (heureusement) pas chez nous de pouvoir personnel: dès le XIXeme siècle, on qualifiait d’ailleurs la monarchie belge de «république couronnée». Ce qu’on attend du chef de l’Etat, c’est donc une écoute, une réserve, une qualité d’empathie. Bref des qualités dont il est légitime de se demander si Philippe les possède.

Il n’y a pas si longtemps, en effet, le prince héritier s’était affiché comme investi d’une mission: combattre le nationalisme flamand le plus extrémiste. Et on se rappelle son attitude, lors d’une réception de nouvel an au Palais de Bruxelles, à l’égard de deux journalistes flamands de premier plan. Depuis lors, Pol Van Den Driessche, tenté par l’aventure politique, d’abord au CD&V puis à la N-VA, a chuté de son piédestal, emporté par des accusations de harcèlement sexuel; mais Yves Desmet, lui, est toujours rédacteuf en chef incontesté du «Morgen»…

J’avais à l’époque comparé la "psychorigidité" de Philippe de Belgique, décelable dans sa manière «coincée» de s’exprimer, à celle de son grand-père, Léopold III. Dans son «Testament politique» de 1944, ce dernier exigeait que ceux qui avaient porté contre lui des accusations injustes, mais compréhensibles dans le contexte de la débâcle, en mai 1940 s’en excusent publiquement, faute de quoi, expliquait-il, ils ne pourraient plus exercer de fonction publique en Belgique. Cet ostracisme fera une victime: le Premier ministre, Hubert Pierlot, scandaleusement cloué au pilori, alors qu’avec Paul-Henri Spaak, Camille Gutt, et Albert De Vleeschauwer, il avait sauvé l’honneur de la Belgique, en lui permettant de maintenir la Belgique dans la guerre contre le nazisme.

Rejeté par les Wallons,  Léopold III a conduit la Belgique au bord de la guerre civile. Le contexte, aujourd’hui, est heureusement moins dramatique. Mais la seule question qui vaille est de savoir si Philippe, demain, sera ou non accepté par les Flamands. S’il ne l’est pas, toutes les réserves sur sa formation, ou sa capacité à succéder à son père, seront plus oiseuses que jamais…

Toutes les cannes royales ne font pas jaser


Il a donc suffi que le roi Albert II apparaisse en public appuyé sur une canne pour que la rumeur de sa prochaine (?) abdication reparte avec vigueur, au point que la chaîne publique a cru devoir consacrer une partie de son débat dominical à ce problème, après un examen de l’action des sculpturales «Femen», dont il a été question déjà sur ce blog.

Personnellement, je ne trancherai pas la question: professionnellement, je n’ai aucun contact avec le Palais, et, à dire vrai, je ne suis l’actualité royale ni en télévision, ni dans les magazines spécialisés dont les têtes couronnées sont le fond de commerce. Mais je ne peux m’empêcher de me demander si certains de mes doctes confrères ou consœurs qui discourent avec autorité sur le sujet en savent, dans le fond, beaucoup plus que moi, ou si leur propos ne constituent qu’une aimable élocution, ici sur l’usage d’une canne royale.

imagesUn précédent historique devrait toutefois inciter à la plus grande prudence: à la fin de sa vie, et de son règne, Léopold II, l’arrière-grand-oncle d’Albert II, a été photographié à plus d’une reprise la canne à la main. Sans que les journalistes de l’époque ne se perdent en conjectures sur une abdication prochaine, à laquelle le deuxième roi des Belges ne songeait par ailleurs nullement.

Certes, Léopold II est décédé à 74 ans, alors qu’Albert II célébrera l’an prochain ses 80 ans. Mais le constat mathématique n’est pas significatif. Parce que l’espérance moyenne de vie des Belges, au début du XXeme siècle, était loin d’atteindre la nôtre. Notamment parce que la médecine de l’époque ne disposait pas des outils qui sont les siens aujourd’hui. Le vieillissement s’en trouvait nécessairement accéléré.

892313022On objectera peut-être que les tensions communautaires empoisonnent la vie du chef de l’État actuel. Mais on ne peut conclure des fréquents séjours de Léopold II à Paris ou à la Côte d’azur que la fin de son règne l’avait mis à l’abri de tout souci. Outre les problèmes privés avec ses filles, qu’il s’apprêtait à déshériter; outre le souci qu’il avait de transférer à la Belgique l’État du Congo, dont il était le souverain ô combien critiquable et critiqué, il y avait l’approche de la Première guerre mondiale, que Léopold II avait sentie venir: la dernière loi qu’il allait signer, pratiquement sur son lit de mort, portait sur le service militaire obligatoire d’un fils par famille.

Comparaison n’est bien sûr pas raison, surtout à plus d’un siècle de distance. Mais la connaissance de l’Histoire peut à l’inverse éviter des commentaires aussi oiseux que hâtifs…

Femen, un féminisme aux relents sinistres…


Quatre militantes belges de «Femen» ont peut-être le sentiment d’avoir été héroïques, en aspergeant d’eau, mardi soir, le primat de Belgique, André-Joseph Léonard, venu débattre du blasphème à l’ULB. Si leur but était de stigmatiser ce dernier, il faut bien constater qu’elles ont largement loupé leur objectif: très calme, apparaissant een victime de l’intolérance de ses agresseuses, l’ancien évêque de Namur s’est plutôt mis l’auditoire, qui lui était a priori hostile,  dans la poche, a commenté le philosophe Guy Haarscher, son contradicteur.

Soit dit au passage, avec  ce nouvel incident, l’ULB apparaît de moins en moins comme l’université du «libre examen»: on se rappelle qu’un chahut orchestré par Souhail Chichah, un assistant de l’institution, a empêché un débat sur la burqa auquel devait prendre part la polémiste française Caroline Fourest, il y a quelques mois. L’intolérance, ici, ne s’est pas manifestée du côté qu’on croyait. Et, s’agissant du débat sur le «mariage pour tous», en France, l’intolérance a répondu à l’intolérance: qualifier d’homophobe tout qui s’oppose non tellement au mariage des homosexuels («S’ils veulent se marier, qu’ils le fassent, et tant pis pour eux!» avait plaisanté un de mes confrères et amis, au moment du vote de la loi en Belgique), mais un peu plus sur l’adoption par les couples homosexuels, et surtout sur la procréation médicalement assistée (PMA) et la grossesse pour autrui (GPA), est une position aussi extrémiste que celle de tous ceux qui traitent d’antisémite tout critique de la politique de l’Etat d’Israël. Les invectives adressées hier, sur Bel RTL, par Pierre Chomé à mon excellent confrère Marc Metdepenningen, qui essayait, dans une relative confusion il est vrai, de rappeler cette évidence, que l’intolérance nourrit l’intolérance, procèdent de la même dérive. Cela n’empêchera éventuellement pas ce grand pénaliste, dans le futur, d’invoquer pour un(e) accusé(e) le traumatisme subi dans son enfance d’avoir été élevé par un couple homosexuel, comme il le fait aujourd’hui quand il excipe de l’influence désastreuse d’un père autoritaire ou défaillant au titre de circonstance atténuante…

Galia Ackerman, une journaliste russe qui a écrit un livre sur le mouvement, pour lequel elle a manifestement beaucoup de sympathie, a par ailleurs donné sur «Femen» des détails qui ont un goût particulièrement amer.

Il y a d’abord l’arrogance extraordinaire de ces péronnelles, pour qui les féministes qui les ont précédées sont ringardes. Ou qui posent un regard condescendant, par exemple sur les musulmanes voilées qui leur disent qu’elles se libéreront bien sans elles. «Il y avait un appel au secours dans leurs yeux», ont-elles décrété: elles ont la vue perçante!

Les militantes belges ont peut-être l’excuse d’être nées après 1966, mais si elles se piquent de féminisme, elles devraient à tout le moins savoir que, cette année-là, des femmes ont mené à la FN une grève exemplaire, malgré les risques physiques qu’elles couraient,et les invectives, voire les commentaires sournois de leurs collègues masculins, pour défendre le principe de l’égalité de salaire pour l’égalité de travail. C’était autrement courageux que d’asperger d’eau un prélat qui n’a pas bronché sous l’assaut! Et que dire, en France, d’une Simone Veil, rescapée des camps de la mort, qui a fait front aux menaces de mort, ou aux qualifications de "nazie", pour faire passer, envers et contre tout, la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. En utilisant la force de sa conviction, pas la taille de ses seins…

«Toutes les jeunes femmes sont minces. Et c’est parce qu’elles croient à leur cause qu’elles apparaissent aussi belles», a tenté de faire croire Galia Ackerman, quand une des invitées en studio (Nadia Boumazougghe, Ariane Dierickx et Irène Kaufer, toute trois militantes féministes) a signalé que les «Femen» écartent soigneusement de leurs rangs toutes les femmes en surpoids. Car, apparemment, elles ne veulent parmi elles  que des «Bimbos», à l’image de cette militante, agressée par des manifestants d’extrême-droite à Paris, il y a quelques mois, qui se plaignait d’avoir eu une (jolie) dent cassée dans l’aventure. «Si elles se dénudent, en partie, en masquant leur poitrine sous des slogans peints (NDLR: de manière très relative, comme la photo le démontre), c’est parce que c’est la seule manière pour eux d’attirer l’attention des médias», a poursuivi notre consoeur russe, très très discrète sur le financement du mouvement. Ouais…

Toutes ces manifestantes n’en sont pas moins sculpturales. «Parce qu’elles forment les sections d’assaut d’une armée. Elles doivent être capables de sauter, de courir, pour faire partie de ces commandos», a-t-elle justifié. Tout en dénonçant la violence que ces membres de «sections d’assaut» subissent régulièrement (à Bruxelles, mardi, elles n’ont cependant pas vraiment été molestées. Pas plus, en tout cas, que tout qui s’expose à une répression policière, en manifestant de manière non autorisée, a rappelé une interlocutrice en studio).

Des «sections d’assaut»? En allemand, «Sturmabteilung»,  en abrégé, SA:  avec le culte du corps, qu’elles célèbrent, les militantes de «Femen» ont des références sinistres…

Des Brigadistes de 1936 aux «volontaires» de 2013: vérité espagnole et erreur syrienne?


Le conseil des ministres débat, ce vendredi, des mesures à prendre pour empêcher de jeunes Belges, embrigadés dans des circonstances douteuses, d’aller rejoindre les rangs de ceux qui combattent le régime de Bachar el-Assad en Syrie. On peut le comprendre, d’autant qu’un certain nombre de recrues ainsi endoctrinées sont des mineurs d’âge, qu’on peut attendre en principe partout sauf sur le champ de bataille d’une guerre civile au cortège toujours renouvelé de crimes et d’horreurs.

bi2En cela, la guerre en Syrie ne se distingue pas de toutes les autres guerres civiles, et notamment de la guerre civile espagnole, qui a établi peut-être de sinistres records en la matière.

À l’époque, on s’en souvient, le gouvernement républicain, attaqué par la rébellion franquiste, avait fait appel à la solidarité internationale, et nombreux ont été les volontaires à rallier les Brigades du même nom. Pas vraiment avec l’approbation de leurs gouvernements (et notamment du gouvernement belge de l’époque, pour les volontaires belges…) mais en tout cas avec le soutien de nombreuses organisations, et eelui de tout le peuple de gauche.

Les Brigades internationales ont joué un rôle important dans la défense du régime républicain espagnol. Franco l’avait d’ailleurs si bien compris qu’il n’a eu de cesse d’obtenir leur départ. Une fois les Brigades parties, il ne lui a pas fallu longtemps pour porter le coup de grâce à la République, et instaurer sa sanglante dictature pour près de quatre décennies.

A priori, le régime syrien de la famille el-Assad n’a rien à envier, sur le plan de la cruauté, à cette dictature franquiste. Pourquoi, dès lors, les «volontaires» de 2013 ne bénéficient-ils pas du même capital de sympathie que leurs prédécesseurs, les «Brigadistes»?

Syrie-2013Plusieurs éléments, sans doute, expliquent cette défiance, qui, rappelons-le, était aussi celle des gouvernements en 1936-1937.

Le premier élément, et sans doute le plus important, qui nourrit le malaise, est le fait que le caractère volontaire de l’engagement de ces «résistants» est, pour un certain nombre d’entre eux et en tout cas pour les mineurs d’âge, largement contestable. Cet engagement n’a d’ailleurs pas le caractère public qu’avait celui des «Brigadistes», soutenus par tout un tissu associatif.

Les Brigades internationales défendaient par ailleurs un gouvernement démocratiquement élu, aux prises avec une rébellion militaire. Bien sûr, l’opposition syrienne bénéficie actuellement d’une large reconnaissance internationale, y compris au sein de la Ligue arabe, mais, et pour cause, elle ne bénéficie pas (encore?) d’une légitimité démocratique. Et par ailleurs, on la sait traversée par divers courants, instrumentalisés par les puissances régionales que sont l’Arabie Saoudite ou le Qatar. Sans oublier la mouvance intégriste.

Et c’est sans doute ce dernier élément qui marque le plus la différence de traitement entre les «volontaires» de 2013 et les Brigadistes de 1936. Non pas que la guerre civile espagnole n’ait pas eu le caractère d’une guerre de religion, entre un intégrisme catholique poussé à son paroxysme, et un intégrisme stalinien, qui a commencé par faire des victimes, anarchistes notamment, dans les propres rangs républicains. Mais le gouvernement que les Brigadistes défendaient était, rappelons-le, issu démocratiquement des urnes.

Les prêcheurs fanatiques qui embrigadent des jeunes, chez nous, ne rêvent pas d’un régime démocratique pour la Syrie: c’est un pays radicalement islamiste qu’ils veulent créer, d’où diffuser ensuite leur «guerre sainte». Et l’inquiétude de nos autorités est aussi de savoir ce que feront les «volontaires» envoyés au feu, une fois que, la guerre civile terminée, ils reviendront chez nous.

Les Brigadistes de 1936 suscitaient également la méfiance, à leur retour. Certains ont été internés. Mais on les a rapidement retrouvés les armes à la main. Dans la Résistance face au nazisme. Leur vision du monde était aux antipodes de celle des islamistes radicaux…

Le coup de Jarnac d’un… Hollandais fatal au «décret de septembre»


Près de 350000 téléspectateurs flamands ont suivi, semble-t-il, l’interview d’une heure et demie du prince-héritier des Pays-Bas, Willem-Alexander, et de son épouse, Maxima, diffusée par la télévision néerlandaise, à quelques jours à peine de leur accession au trône.

interview-7-deflls ont pu, pour l’occasion constater une nouvelle fois le décalage de style entre le futur roi (si du moins, rien de fâcheux ne lui arrive d’ici au 30 avril), des Pays-Bas et «notre» prince-héritier. Ce n’est pas, bien sûr, le thème de ce billet, mais la remarque a été formulée plus d’une fois au passage.

Pour l’occasion, donc, un Néerlandais, princier il est vrai, a été apprécié par le public flamand. Car pour le reste, pour l’instant, entre la Flandre et les Pays-Bas, les points d’accrochage sont bien plus nombreux que les points d’accroche.

Prenez  l’accord de collaboration  publiquement signé, ce matin, par les patrons des quatre ports de mer flamands: celui d’Anvers n’apas manqué de signaler que la cible principale de leur rapprochement est Rotterdam, qui absorbe pour l’instant la quasi totalité du trafic maritime convoité entre l’Asie et l’Europe du Nord-Ouest. Et on ne peut s’empêcher de penser que la mise sur pied de cette «plate-forme maritime flamande» est aussi une manière de répondre aux difficultés faites par les Pays-Bas à l’approfondissement de l’Escaut. Les réticences de nos voisins néerlandais avaient valu à leur ambassadrice en Belgique, on s’en souvient, d’être sèchement convoquée à la place des Martyrs par le ministre-président flamand Kris Peeters…

Toujours en matière portuaire, le vieux rêve flamand du «Rhin d’acier», cette liaison ferroviaire directe entre Anvers et la Ruhr, sans passer par la Wallonie abhorrée, se heurte à la mauvaise volonté des Pays-Bas qui, sous couvert de la protection d’une zone naturelle, bloquent un projet susceptible de favoriser la concurrence anversoise au détriment de leur port-phare. Ce qu’on peut effectivement le comprendre.

Et voilà que mardi,  la plainte d’un ex-employé… néerlandais d’une firme basée à Singapour envoie par le fond le fameux «décret de septembre» du…. 19 juillet 1973, qui avait imposé le néerlandais comme langue des relations de travail, écrites et orales, en Flandre.

CJUE 1Ce «décret de septembre», a noté la Cour de Justice de Luxembourg, en imposant la langue de Vondel dans les contrats et dans toute communication, même pour une entreprise transnationale, peut avoir un «effet dissuasif» sur «tous les travailleurs non-néerlandophones», et est donc contraire au principe de la libre circulation des travailleur au sein de l’Union Européenne.

Le «décret de septembre», ainsi nommé parce qu’il avait été publié en septembre 1973 par le «Moniteur», était un des outils essentiels des autorités flamandes de l’époque pour la flamandisation de toute la société flamande. Il a d’ailleurs largement inspiré les dispositions prises plus tard au Québec par les indépendantistes québécois pour proscrire l’anglais de l’affichage public dans la «belle Province».

La question de sa pertinence a été posée à la Cour de Luxembourg par le tribunal du travail d’Anvers, qui avait été saisi par un citoyen néerlandais travaillant pour une société basée à Singapour, mais qui a un siège à Anvers. Ce citoyen néerlandais avait signé son contrat de travail en anglais, et la lettre de licenciement qu’il a ensuite reçue a aussi été rédigée dans cette langue. Il a alors porté son dossier devant le tribunal du travail, en invoquant la nullité de la lettre de licenciement, et partant de son contrat, au motif que les deux documents contrevenaient au «décret de septembre».

On sait ce qu’il en est advenu, le couvercle lui retombe maintenant sur le nez. Mais l’arrêt de Luxembourg place dans le même temps une fameuse épine dans le pied du gouvernement flamand, et on devine que l’avocat qui a conseillé le citoyen néerlandais doit avoir eu les oreilles qui sifflent depuis mardi!

L’histoire manque d’autant moins de saveur que les flamingants, et notamment la N-VA, président en tête, avaient eu l’habitude d’imputer à une grande influence francophone les condamnations répétées de la Flandre au Conseil de l’Europe, pour ses dispositions linguistiques vexatoires, type circulaires Peeters ou Martens. Ce fantasme, lui aussi, a vécu: c’est à un Néerlandais que la Flandre doit cette Bérézina judiciaire européenne. Hors Willem-Alexander, le temps d’une interview, et les Hollandais de Fourons, qui ont apporté leur pierre au renversement de la majorité francophone en 2000, leurs voisins du nord donneraient plutôt des boutons à nos concitoyens du nord du pays pour l’instant…

Trop d’étrangers chez nous, pour la «députée-burgmeesteres» allochtone N-VA


Interview assez surréaliste que celle recueillie par mon confrère François Brabant du "Vif-L’Express": celle de Zuhal Demir, la première députée-bourgmestre issue de l’immigration en Flandre. La «mayeure» du district d’Anvers-centre n’a pas sa langue en poche et, surtout, a viré sa cuti de fille de délégué syndical (CSC), puisqu’elle est élue N-VA. Étrange? Sans doute, mais Victor Hugo n’écrivait-il pas dans son Histoire de la novice, dans un contexte il est vrai tout à fait étranger au syndicalisme et à la politique, qu’«on voit des biches qui remplacent leurs beaux cerfs par des sangliers»?
ZUHAL_DEMIR_675Pour en revenir à Zuhal Demir, si on doit lui reconnaître un franc-parler certain, elle l’utilise surtout pour proférer l’une ou l’autre "hénaurmité". Qu’elle estime qu’il faut limiter à deux ans au maximum la durée maximale du chômage, voilà qui doit donner lieu à de piquants échanges avec son paternel.
Mais où la donzelle ne manque singulièrement pas d’air, c’est quand elle assène qu’il y a… beaucoup trop d’étrangers en Belgique. «Un tel afflux implique de financer des programmes d’intégration, de construire des écoles. Notre système n’est pas prévu pour absorber une si grosse mass» affirme-t-elle sans aucun complexe.

Si on la comprend bien, donc, il ne faut pas accorder à de nouveaux arrivants les opportunités qui lui ont été offertes à elle, fille de travailleur immigré? Et en fonction de quel critère,svp? Maintenant que Zuhal Demir à sa part de gâteau, elle n’entend donc plus la partager?
Au fond, cette posture explique bien plus son adhésion à la N-VA, que la compréhension que cette Kurde d’origine dit avoir eue pour la «résistance flamande à la domination francophone» (sic) qu’elle n’a jamais connue mais que lui a peut-être expliquée le grand historien flamand Bart De Wever: le nationalisme de la N-VA est de la même veine égoïste, c’est celui de tous les nationalistes nantis qui de la Padanie à l’Écosse en passant par la Catalogne, ne veulent plus entendre parler de solidarité. D’où aussi leur antisyndicalisme primaire qui est aussi celui de Mme Zuhal.
On souhaite en tout cas bien du plaisir à ses administrés d’origine etrangère: chez les xénophobes aussi, les convertis sont les plus zélés !

Tiens, José H. a retrouvé son nom en Flandre


Il faut laisser à José Happart qu’il est et reste conséquent. Régionaliste, il est; régionaliste, il restera. Et quelle que soit l’opinion qu’on ait de sa gestion comme ministre wallon de l’Agriculture, puis, plus tard, de sa posture comme président du Parlement wallon, il a toujours été très explicite, en ne cessant de répéter que les Wallons, et les francophones "doivent voir les Flamands comme ils sont, et non comme ils voudraient qu’ils soient".

L’ancien bourgmestre de Fourons parle en connaissance de cause: bien avant les bourgmestres non-nommés de la périphérie bruxelloise, il a été en butte à la volonté affichée de la Flandre de ne pas lui laisser exercer son mandat mayoral, au motif, à l’époque, qu’il ne parlait pas le néerlandais. Le "‘hérisson" a perturbé à plus d’une reprise, dans les années 80, le jardin extraordinaire de la politique belge: le célèbre "carrousel fouronnais" a provoqué la démission d’un ministre de l’Intérieur, Charles-Ferdinand Nothomb, et la chute d’un gouvernement Martens.

C’était le "temps des gourdins" dans les Fourons. C’était l’époque où la Flandre avait décidé de nier l’existence de José Happart, en le privant de son nom: dans les médias, on ne l’appelait plus que "José H."!

200_200_ce9b635ed7c419e9c0f9a82f4f42d13e-1364995023Ce temps-là est bien révolu: José Happart était avant-hier l’invité de l’émission "Terzake", sur Canvas, la deuxième chaîne publique flamande. Et le "Standaard", à qui il donnait jadis des boutons, lui a offert aujourd’hui une photo en première page, et une page en rubrique politique. Et plus question de "JoséH." désormais, c’est bien de "José Happart" que nos confrère parlent. Avec même, à la "une" du "Standaard", la reproduction du panneau aux couleurs wallonnes, rouge et jaun,e qu’il a fait apposer au Centre culturel et sportif de Fourons, né, avec la Région bruxelloise, de son renoncement, en 1988, au fauteuil maoyral de Fourons.

Mais par quel miracle les médias flamands s’ouvrent-ils ainsi aujourd’hui à celui qu’ils abhorraient hier? Sa retraite politique y est sans doute pour quelque chose: comme on sait son influence désormais très limitée dans un PS qui a réduit au silence ou quasi son courant régionaliste, que le Liégeois Jean-Claude Marcourt s’efforce de maintenir en vie, le moment est venu pour eux de se montrer magnanime.

Et puis le credo politique de José H. n’a pas changé: il est toujours le chantre de l’Europe des régions. Et, en régionaliste convaincu, il se dit prêt à la discussion avec tout le monde "sauf le Vlaams Belang, qui n’est toujours pas fréquentable", et d’abord et avant tout avec Bart De Wever.

Voilà sans doute la clé: on mesure donc peut-être surtout, à cette restitution de son nom au "hérisson fouronnais", combien les médias flamands sont désormais sous l’emprise (résistible) du mayeur anversois…

«Mon frère le sacristain»


L’événement est assez rare pour être souligné: une manifestation nationale des étudiants a lieu aujourd’hui, pour dénoncer le sous-financement d’un secteur pourtant communautarisé depuis bien longtemps. De part et d’autre de la frontière linguistique, l’inquiétude des jeunes se fait donc jour, et on peut les comprendre.

Le problème de l’enseignement est-il celui de son financement? En partie sans doute. Mais il est aussi celui d’une lente dérive qui, en deux ou trois décennies, l’a fait dégringoler, du moins en Belgique francophone, dans les classements internationaux, du type «Pisa». Tandis qu’en ces temps de crise, les entreprises dénoncent de plus en plus l’inadéquation de l’enseignement à leurs demandes: faut-il encore se demander si la fonction première de l’enseignement est de produire des travailleurs «en état de marche».

La situation, imagine-t-on, doit préoccuper au plus haut point nos responsables politiques. De fait, s’agissant de l’enseignement, le gouvernement de la Fédération Machinchouette vient de prendre une décision capitale: on ne parlera désormais plus de vacances de Noël, de Pâques, ou de congés de carnaval et de Toussaint, mais de vacances d’hiver, d’été et de congés de printemps et… de détente (parce qu’on n’a pas osé ajouter l’automne?). Pour faire moderne, ou pour céder à une «christianophobie» ambiante? Peu importe après tout, car il y a fort à parier que ces nouvelles appellations ne s’imposeront pas de si tôt dans le langage courant.

Ah oui, autre chose: le Parti Socialiste vient de sortir de l’armoire  la proposition originelle de Richard Miller, d’instauration d’un cours «de citoyenneté» dans le programme scolaire. Car c’est évidemment un levier puissant pour rehausser la qualité de notre enseignement déliquescent. Et l’ancien ministre de l’Enseignement de s’agiter, pour revendiquer ses droits d’auteurs sur l’initiative…

Cela prêterait à sourire, si ce n’était pas inquiétant. Et toutes ces mesures cosmétiques ne sont pas sans rappeler une époque bien décrite, à l’époque où l’enseignement de l’Histoire faisait encore partie du programme normal d’enseignements: elle renvoie presque naturellement à la fin du XVIIIeme siècle, à l’époque où la Belgique, hors la principauté de Liège, était autrichienne et où Joseph II accédait, à la mort de sa mère, Marie-Thérèse, le 29 novembre 1780, au trône impérial autrichien.JosephII

L’homme était pétri de bonnes intentions. Il était l’incarnation même du despote éclairé, voulant le bien du peuple, et spécialement des paysans, les plus pauvres de ses sujets, mais sans évidemment donner au peuple le droit de décider ce qui était bien pour lui.

Bien résolu à écarter tout contre-pouvoir susceptible de contrarier ces desseins, Joseph II entendait notamment assurer la primauté de l’État sur l’Église, ce qui le rend assez moderne. Il introduira ainsi le mariage civil sur le territoire de son Empire. Il supprimera aussi les couvents. Et, de fil en aiguille, il en arrivera à prendre des ordonnances pour modifier les limites des paroisses, censurer les sermons des prêtres, abolir les pèlerinages, supprimer les musiques et les statues des processions religieuses, simplifier le costume des chanoinesses, etc…

Il réussira à mécontenter le peuple, dont il voulait pourtant le bien, et à provoquer chez nous une éphémère révolution. Ces initiatives lui vaudront aussi l’ironie de ses contemporains. Le roi de Prusse, Frédéric II, le surnommait ainsi «Mon frère le sacristain». Le sobriquet irait toujours comme un gant, aujourd’hui, à l’un ou l’autre de nos responsables régionaux ou communautaires…