Des solutions passéistes et sans avenir qui ne résoudraient rien


Entre l’Union Européenne et les Européens, c’est le grand désamour pour l’instant. L’austérité, décidément, n’est pas bonne conseillère: de l’«Alternativ für Deutschland» à l’«UK Independence Party», ou encore au Front National et au Front de gauche en France, les chantres d’une sortie de l’euro, ou de l’Union Européenne se sentent pousser des ailes. Et notamment celles et ceux qui, à l’intérieur de la zone euro, prônent la sortie de la monnaie unique et le retour aux anciennes monnaies, qu’on pouvait dévaluer à souhait, ou qui permettaient de laisser filer l’inflation, présentée par un Jean-Luc Mélenchon comme la solution-miracle qui permettrait à la France d’effacer une dette qu’elle ne remboursera jamais, insiste-t-il.

Les économistes rappellent pourtant que le retour à une monnaie nationale disparue au profit de l’euro se traduirait d’abord par une perte d’environ un quart du patrimoine de tous les habitants du pays concerné. Mais de cela, les tenants du repli identitaire se gardent bien de le préciser.

D’autres économistes sortent, eux, des thèses insolites. Hier, sur France 5, l’un d’entre eux évoquait ainsi la notion de «dette illégitime», qu’il conviendrait, de fait, de ne pas rembourser. Apparemment assez incrédule, l’animateur de l’émission «C dans l’air», Yves Calvi, lui a tout de même fait observer qu’un particulier qui emprunterait indéfiniment de l’argent à sa banque, puis déclarerait sa dette illégale et refuserait de la rembourser, se ferait vraisemblablement poursuivre pour escroquerie.

Certains brandissent régulièrement l’exemple islandais, où la population a refusé d’assumer la crise du secteur bancaire, et a été soutenue par le gouvernement. On rappelle rarement que le poids économique de l’Islande est limité. Et encore moins souvent que la bravoure islandaise a été payée par un certain nombre d’épargnants britanniques, puisque ce sont essentiellement des banques du Royaume-Uni qui détenaient la dette des banques islandaises.

En matière d’inflation, l’exemple argentin est aussi régulièrement invoqué: c’est en laissant filer à toute vapeur le taux d’inflation que l’Argentine aurait financé sa relance économique. On ne dit pas là non plus quel prix la population a payé, pour cette politique inflationniste débridée: toute une frange de la population a sombré dans la misère la plus noire, et ne profite pas de cette relance.

La belle affaire, dira-t-on: l’austérité, elle aussi, avec la litanie de fermetures d’entreprises qu’elle entraîne (mais en est-elle toujours la cause?) conduit des populations à la précarité. C’est un élément dont il faut évidemment tenir compte. Mais la remise à flot des finances publiques n’est-elle pas, à terme, une voie plus sûre pour créer les conditions de la relance, qu’une inflation débridée?

Tausend MarkL’Allemagne des années 20 a connu pareille situation. Et des témoins de papier subsistent toujours de cette époque. Il n’est pas indifférent de constater qu’entre le 15 septembre 1922 et le 22 août 1923, la Reichsbank a émis d’abord un billet de 1000 marks, puis un autre de… dix millions de marks. Et ce n’était pas le sommet puisque, au même moment, la ville et le canton d’Aix-la-Chapelle émettaient, eux, le 20 juillet 1923 un bilet de… cent millions de marks! Billet que, soit dit au passage, j’ai tenté en vain d’échanger dans une agence bancaire aixoise, au moment du passage à l’euro ( ;-) )

Zehn Millionen MarkLe contexte économique et politique d’aujourd’hui est très différent de celui de cette époque, c’est vrai. Et mon propos n’est évidemment pas d’assimiler les partis qui prônent un retour aux monnaies nationales, voire une politique inflationniste à tous crins, au parti nazi, dont l’ascension a été favorisée par le marasme économique du début des années 20 (et l’occupation franco-belge de la Ruhr qui en a résulté), puis, définitivement, par l’effondrement de l’économie allemande, à la suite du «Vendredi noir» de la Bourse de New York, en 1929.

Hundert Millonen MarkPar contre, on peut, à l’examen de ces billets de banque, sérieusement mettre en doute la théorie de la «baguette magique» qui permettrait de rétablir la situation économique à la faveur d’une inflation galopante: en économie aussi, les mêmes causes produisent les mêmes effets, et la population argentine du début du XXIeme siècle a subi les mêmes épreuves que la population allemande dans l’immédiat après-Première guerre mondiale.

Le souvenir de cette époque, et de ses funestes conséquences, a durablement marqué les esprits en Allemagne: c’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, la chancelière Angela Merkel défend becs et ongles le principe de l’orthodoxie budgétaire. Quitte à se faire clouer au pilori, parfois de manière indécente, dans toute l’Europe.

Sans aucun doute, pourtant, il faudra bien que, tôt ou tard, on sorte de ce culte aveugle de l’austérité absolue, pour tenter de relancer l’économie, ce que les gouvernements tentent de faire en «orientant» une partie de l’épargne, énorme, que les Européens, échaudés, stockent en dépit de toute logique sur des carnets d’épargne qui ne garantissent même plus un taux d’intérêt supérieur à l’inflation.

Aussi longtemps qu’on n’en sera pas là, les anti-Européens de tous poils continueront à braire. Notamment au Royaume-Uni, où l’UKIP n’est pas la seule à prôner un retrait de l’Union Européenne: si c’est le cas, au moins pourra-t-on se dire que le cheval de Troie états-unien n’est plus dans la place, et l’Europe pourra-t-elle avancer plus résolument vers la forme fédérale qui est son avenir. Entre-temps, elle réussit, dans les Balkans, où elle avait été singulièrement peu présente durant la guerre qui a déchiré l’ex-Yougoslavie dans les années 1990, à faire progresser la cause de la paix: la Croatie deviendra le vingt-huitième membre de l’Union au 1er juillet prochain, et, en Serbie, après le pardon demandé par le président Nikolic, qu’on présentait pourtant comme un nationaliste pur et dur pour le massacre de Sebrenica, le Parlement vient de voter une normalisation des relations avec le Kosovo. De quoi rappeler à tous ses détracteurs que l’Europe, c’est aussi près de septante ans de paix, depuis 1945: un acquis qu’il est parfois bon de se rappeler….

Il est temps de faire barrage à «Attilakschmi» Mittal!


Je me suis abstenu, hier, de commenter l’annonce, faite le matin aux syndicats métallos, du massacre à la tronçonneuse que le groupe ArcelorMittal s’apprête à pratiquer dans la phase à froid, après avoir mis à mort la phase à chaud de la sidérurgie liégeoise. Je voulais éviter la simple expression de la colère qui est aussi la mienne, quand je pense à ces travailleurs hautement qualifiés, et à leurs représentants syndicaux qui, depuis des mois, se heurtent à un mur de promesses non tenues, et, par surcroît, se voient accuser aujourd’hui par une direction, là franchement indécente, d’avoir provoqué le marasme actuel en refusant de signer un accord social dont il sentaient, et cela s’est vérifié, qu’il n’était qu’un cache-nez. Cela me rappelle cette réflexion désabusée d’un travailleur de Ford Genk, il y a quelques semaines, qui me rappelait que les ouvriers limbourgeois avaient accepté une modération salariale et s’étaient abstenus de tout mouvement de grève, pour sauver leur usine. «Peut-être n’avons-nous pas suffisamment fait grève» soupirait ce travailleur cocufié.

55cdf203659a7703a788fcf4c471_grandeLes responsables politiques, eux, ont mis moins de gant. «Crapule et arnaqueur» pour le député-bourgmestre PS de Seraing, Alain Mathot, Lakshmi Mittal est un «bandit» pour la coprésidente d’Ecolo, Emily Hoyos. Pour brutaux qu’ils soient, les qualificatifs traduisent le sentiment de tout le bassin liégeois, et de façon plus large de tous ceux qui suivent de près le dossier sidérurgique, devant cette flibuste sociale organisée, annoncée par des dirigeants (?) européens (???) du groupe qui, ensuite, n’ont pas même eu le courage d’affronter les journalistes en conférence de presse. Lamentable…

Mais au-delà de l’invective, que faire?

  • Les métallurgistes liégeois interpellent plus que jamais le pouvoir wallon en réclamant la nationalisation de la sidérurgie. Dans le contexte budgétaire actuel, cela apparaît comme une utopie: le ministre wallon de l’Économie, Jean-Claude Marcourt (PS), se donne deux mois pour trouver un repreneur pour l’ensemble du site.
  • Il est de fait un peu court de décréter, comme l’a encore fait hier à la RTBF de manière assez consternante l’ancien exécutant des directives de Jean Gandois à la tête de Cockerill-Sambre, que la sidérurgie n’avait de toute manière plus d’avenir en Wallonie. La sérésienne CMI, par exemple, qui croulait  à l’époque de Philippe Delaunois, a été magistralement redressée par Bernard Serin, son successeur, après la reprise de Cockerill-Sambre par Usinor. Segal, à Ivoz-Ramet, dont Cockerill-Sambre a dû se débarrasser à l’époque pour satisfaire aux exigences des autorités européennes de la concurrence, tourne à plein régime et est suffisamment alimentée, parce que le groupe Corus, hier, le groupe Tata Steel aujourd’hui, en ont fait leur ligne de galvanisation de référence. Si la sidérurgie à froid liégeoise, aujourd’hui, est en voie de disparition, c’est bien parce que «Attilakshmi» Mittal a décidé de la tuer!
  • Dans cette perspective, ne serait-ce le contexte budgétaire, la nationalisation temporaire aurait du sens. On n’a pas assez dit qu’en France, le projet du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, «porté» par Bernard Serin et le groupe Severstal, était rentable! S’il ne s’est pas réalisé, c’est parce que «Attilakshmi» Mittal a pratiqué un chantage éhonté sur le gouvernement Ayrault, en lui rappelant qu’il a d’autres grands sites sidérurgiques français (Dunkerque, Fos-sur-Mer) dans son giron…
  • La recherche d’un repreneur peut donc donner des résultats, à condition de pouvoir lui remettre l’ensemble du bassin liégeois. Faudra-t-il encore convaincre «Attilakshmi» Mittal de vendre ses installations, et, il faut bien le constater, le magnat indien, qui se réclame pourtant constamment des lois du marché, préfère laisser péricliter les outils qu’il n’utilise plus plutôt que de les céder à un concurrent. De quoi démontrer, si besoin en était qu’un concurrent pourrait les rentabiliser! Peut-on le forcer à plier? Maintenant qu’il a mis le gouvernement wallon dos au mur, plus aucune piste ne doit être négligée. Et pourquoi pas l’exproprier pour cause de salubrité sociale publique?
  • L’Europe pourrait-elle y trouver à redire? Sans doute. Mais il est grand temps, peut-être, que le pouvoir européen mette des limites aux pratiques d’«Attilakshmi» Mittal, qui veille, partout où il passe sur le continent, à ce que l’emploi meure et ne repousse jamais!
  • Et si tout ça devait échouer, reste une arme ultime: la dépollution en profondeur des sites industriels. Le groupe ArcelorMittal dit prudemment que, le cas échéant, il remplira «ses obligations légales»: on ne peut s’en contenter, d’autant qu’on sait le cas que le groupe fait de ses engagements, sociaux et légaux! Il faudra peut-être rappeler à «Attilakshmi» Mittal que, quand il a racheté le groupe Arcelor, il a repris, chez nous, ses sites dans un état de lui bien connu, c’est-à-dire largement pollué. Et comme tous les propriétaires, il a repris dès lors les obligations liées à cet état. Dépolluer coûtera énormément d’argent: c’est le moment de toucher «Attilakshmi» Mittal, là où il peut avoir mal, à son portefeuille! L’obliger à dépolluer les sites liégeois lui coûtera un pont, mais surtout créera un précédent en Europe. La piqûre financière sera bien plus douloureuse que les 55  malheureux petits millions de dollars qu’il a dépensés, en 2004, pour le mariage de sa fille adorée, Vanisha. Ou que les sommes qu’il a engagées pour parader, flamme olympique à la main (à la grande colère des syndicalistes liégeois) dans les rues de Londres, en juillet dernier, et les montants qu’il a dépensés, à cette occasion, pour décorer (?) la capitale britannique d’un de ses plus affreux monuments.