La dégradation de la note de la France, qui a perdu son précieux “triple A”, a valu beaucoup de commentaires ironiques, et pas volés, à l’égard de Nicolas Sarkozy: le président français, il y a quelques mois, annonçait qu’il serait “mort”, politiquement s’entend, si l’événement se produisait, puis, le sentant venir ces dernières semaines, il avait estimé que cela ne serait pas si grave que cela. Soit…
Mais s’il est aisé de cibler les politiques, les discours des experts, ou pseudo-experts, mériteraient, eux aussi, d’être passés sous la loupe. Car eux peuvent se permettre de dire avec aplomb tout et son contraire, sans craindre la moindre remise en cause.
Maintenant que l’une d’entre elles a frappé un des plus grands pays de l’Union Européenne, le rôle des agences de notation vient, par exemple, d’être remis en cause, mais à nouveau de manière bien trop timide. Car enfin, toute une série de mesures ont été décidées, ces derniers temps, qui ont été décrites de nature à juguler la crise financière actuelle, et c’est au moment où ces mesures entrent en vigueur qu’une agence, qui n’a de compte à rendre à personne, annonce une dégradation, qui risque d’avoir des conséquences pour le quotidien de centaines de milliers, voire de millions de personnes. Ne serait-il pas temps, vraiment, de débattre de la création d’une agence de notation publique, indépendante des intérêts privés?
Dans un autre ordre d’idées, un économiste sans aucun doute très compétent expliquait, aujourd’hui, en radio, que la dégradation de la note de la France aura des conséquences pour le quotidien des Européens, parce que, par ricochet, le mécanisme de garantie mis en place par l’Europe serait déprécié, que l’euro sera donc affaibli, “ce qui rendra plus chers les biens importés de l’étranger, et alourdira la facture du pétrole, payée en dollars“.
Le constat est sans doute exact. Mais celui d’autres économistes qui, il y a quelques jours à peine, se plaignaient de la vigueur de l’euro, qui handicape les exportations européennes, et ne soufflaient mot de l’effet bénéfique d’un euro fort sur nos factures énergétiques, l’était-il moins?
Georges Clémenceau, on le sait, estimait que la guerre est chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des militaires. Ne devrait-on pas, aujourd’hui, dire mutatis mutandis, qu’il serait préférable que les économistes ne se préoccupent plus trop d’économie?