La faute aux journalistes, bien sûr?


L’«affaire Anelka» a pris des allures d’affaire d’État chez nos voisins français. On murmure maintenant que c’est le président de la République, Nicolas Sarkozy lui-même, qui aurait demandé la tête de l’attaquant, après les propos injurieux qu’il avait tenus envers l’entraîneur, Raymond Domenech, et qui ont été ensuite reproduits à la «une» du quotidien sportif «L’Équipe».

Ce qui a surtout marqué les esprits, hier, c’est la grève des joueurs tricolores, pour protester contre le renvoi de leur coéquipier. Dès le départ aussi, on avait senti chez eux une hostilité évidente à l’endroit du «traître» (dixit leur capitaine, Patrice Evra) qui avait vendu la mèche à un journaliste de «L’Équipe», et aussi à l’endroit du quotidien, pour l’avoir reproduit en manchette. Lors de sa conférence de presse, aujourd’hui, Raymond Domenech l’a répété mais est resté à quia, quand on lui a demandé si la phrase, reprise en titre d’une page 2, aurait été moins grave à ses yeux.

Alors, une nouvelle fois, les journalistes sont-ils responsables de cet énorme fiasco, qui a fait des «Bleus» la risée du monde entier (pour un peu, ils se sont rendus aussi ridicules que les Diables Rouges belges)?

Il faut rappeler, d’abord que Patrice Evra et ses équipiers n’ont jamais rouspété, quand «L’Équipe», et tous les médias français au passage, ont célébré de manière un peu indécente leur qualification acquise de manière malhonnête, pour le Mondial d’Afrique du Sud (À ce propos, on notera quand même que le deuxième but brésilien validé hier contre la Côte d’Ivoire a été entaché non d’une, mais de deux fautes de mains, et là, personne n’en dit rien. La Côte d’Ivoire se retrouvait pourtant menée de deux buts, à ce moment-là, ce qui n’était pas la même chose que de n’avoir qu’un seul but de retard…). Ils n’ont rien dit non plus quand la presse française a couvert leur préparation pour le championnat du Monde, ou est restée mesurée dans la critique après leur première prestation très en demi-teinte. Une nouvelle fois, on doit bien constater que les sportifs ont tendance à considérer que les journalistes sportifs ne sont pas des journalistes à part entière, et à estimer qu’ils n’ont pas à exercer leur sens critique… dont ils se départissent parfois à (grand) tort.

L’incident qui a opposé Anelka à son sélectionneur dans le vestiaire est du genre dont il s’en produit des dizaines voire des centaines, chaque année, dans toutes les compétitions, c’est certain. Fallait-il en faire le plat que «L’Équipe» en a fait? Dès lors que le quotidien était certain de l’authenticité de l’information, oui. Parce que cet incident a amené la défaite des Français face au Mexique, qui les privera sans doute de la suite de la compétition. Ensuite parce qu’il témoignait, si besoin en était, de l’état d’esprit extrêmement négatif qui règne au sein du groupe tricolore.

La seule réserve que j’aurai est sur la reproduction, telle quelle, de la phrase ordurière d’Anelka à la «une». Non qu’il faille être bégueule. Mais simplement parce qu’en se contentant de la reproduire, nos confrères de «L’Équipe» ont surtout montré qu’ils manquaient d’imagination pour leur titraille.

La faute de goût n’en est pas pour la cause une faute professionnelle ou un dérapage déontologique. Pour le reste, les joueurs français feront bien de regarder dans leur assiette, plutôt que de chercher le fameux «traître». Ou de vilipender les journalistes. Trop facile, vraiment!

Un ancien braconnier au faux nez


Ce n’est pas sans une surprise certaine que j’ai découvert, à la lecture du «Canard Enchaîné» de cette semaine, que Philippe Val, le patron de Radio France, avait adressé un avertissement à un chroniqueur qui avait «osé» utiliser le terme «enculer» sur antenne.

Or donc, d’après le ci-devant directeur de «Charlie Hebdo», il est des mots qu’il ne faut pas faire entendre d’oreilles «innocentes» sur la radio publique. Voilà qui surprend énormément: à l’époque où il dirigeait le périodique, Val se faisait le champion de toutes les impertinences. Il me souvient ainsi d’un débat, organisé par Daniel Cohn-Bendit au Parlement Européen, à propos des caricatures de Mahomet publiées par un quotidien raciste danois, où l’homme s’était fait l’avocat du «droit de blasphémer». Rien ne peut s’opposer à liberté d’expression, proclamait-il.

Hélas, ce libre penseur déclaré était dans les faits plus intolérant que les pires des Jésuites. C’est ainsi que, quelques mois plus tard, il virait Siné, auteur d’une réflexion que Val jugeait antisémite. Faut-il donc comprendre qu’il défendrait le droit de blasphémer contre Allah, ou contre le Christ, mais pas contre Yahvé, et ses serviteurs?

Parti à Radio France, l’homme n’a pas eu de cesse d’y faire le ménage, pour en éliminer toutes les têtes contestataires. L’avertissement adressé au chroniqueur illustre la démarche désormais répressive de cet ancien braconnier, devenu garde-chasse. Encore que, à voir la manière dont il exerce sa fonction de garde-chiourme, on se dit que le braconnier avait… un faux nez