«Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu’au début du XXIe siècle, les droits de l’homme ont été en constante expansion. Depuis le 11 septembre 2001, ils sont en constante régression»: je partage entièrement cette analyse de Jos Van der Velpen, président de la Ligue flamande des Droits de l’homme. Si on peut comprendre le traumatisme provoqué aux États-Unis par l’attentat du World Trade Center, on ne peut admettre la paranoïa généralisée qu’a propagée l’administration Bush dans tout le monde occidental. L’Europe, dont un noyau dur s’était opposé à la guerre en Irak, s’est malheureusement alignée sur le coup. Et huit ans plus tard, on en subit encore les conséquences, avec cette directive sur la conservation des données que le gouvernement belge va transposer dans le droit belge. On connaît le propos: stocker toutes les données de nos communications par téléphone ou GSM, ou de nos connexions par Internet. Toutes les données de TOUT le monde, car, comme le disait un autre intervenant à la présentation d’ initiative «Préserve ta vie privée», «pour les autorités policières, nous sommes tous des terroristes potentiels. Et on conserve toutes ces données, au cas où….». Le principe n’est déjà pas admissible; mais le zèle du gouvernement Van Rompuy qui veut aller plus loin que la directive européenne est proprement insupportable. Alors, réagissez: signez la pétition en ligne lancée par les associations de journalistes, les Ligues des droits de l’homme, les Barreaux, et l’Ordre des médecins. Un petit clic vous fera du bien! Rendez-vous sur http://www.preservetavieprivee.be !
Archives Mensuelles: octobre 2009
Libre pensée et absence de liberté de penser?
L’attitude du roi Albert II, faisant la génuflexion devant le pape Benoît XVI, lors de l’audience qui lui a été accordée, à lui et à la reine, à l’occasion de la canonisation du père Damien, a suscité bien des commentaires, qui ne manquent pas de m’interpeller. Non que j’approuve, ici, l’attitude du roi: quoique croyant moi-même, il ne me viendrait pas à l’idée de m’agenouiller devant le pape; mais je lui témoignerais bien entendu les signes de respect que j’aurais pour d’autres personnalités publiques, type dalaï-lama, ou chef d’État. Mais, en la matière, j’estime que chacun est libre d’adopter l’attitude qu’il estime appropriée.
Et c’est là que les commentaires indignés des «libres penseurs» ou réputés tels ne manquent pas de m’interpeller. Car leurs critiques, inspirées faussement du principe de la séparation entre l’Église et l’État – qui n’est pas de mise en tant que tel en Belgique, où il n’est pas appliqué, comme en France. Chez nous l’État doit être neutre – visent à retirer au roi, pris en tant qu’individu, sa… liberté de pensée. Qu’importe, au fond, que le roi soit catholique, bouddhiste, musulman, agnostique, ou athée, pourvu que, dans sa fonction de chef de l’État, ses opinions personnelles ne priment sur ses obligations? Or, que je sache, au contraire de son prédécesseur, Baudouin Ier, le roi Albert II n’a pas exprimé la moindre opinion contraire, par exemple relative à loi autorisant le mariage homosexuel, ou accordant un droit à l’adoption aux couples homosexuels, alors même que l’Église catholique (et les autres religions, soit dit au passage) y sont résolument opposées.
Les critiques contre Albert II me semblent donc véhiculer plutôt une intolérance croissante dans certains milieux libres penseurs à l’égard des religions en général, et de la religion catholique plus particulièrement. C’est dans le même esprit qu’a été prononcée la remarque d’Anne Morelli condamnant la «charité chrétienne» dont Damien de Molokaï a fait preuve, au prix de sa vie, au motif qu’elle s’opposerait à la justice sociale. Quod non, comme disent les juristes: la charité n’exclut pas la justice, bien au contraire. Mais quand cette justice sociale fait absolument défaut – et c’était incontestablement le cas à Molokaï, à la fin du XIXème siècle – elle apporte à tout le moins un minimum de réconfort à celles et ceux qui en sont privés.
Au demeurant, et en dépit de toute l’estime que j’ai pour les travaux et pour les convictions d’Anne Morelli, il me paraissait tout de même assez insolite de l’entendre s’exprimer sur la canonisation du père Damien: elle est une spécialiste des religions incontestable, mais puisqu’elle n’adhère pas à la religion chrétienne, il lui était sans doute assez difficile de dire des choses cohérentes à ce sujet.
L’incident n’est pas tout à fait clos, mais est en voie de l’être. Il méritait pourtant d’être relevé, parce qu’il s’inscrit dans une mouvance libre-exaministe dont la dérive pose question. Au même titre, bien entendu, que la recrudescence des mouvements intégristes au sein des diverses religions, et de la religion catholique en particulier. Cela posé, la tradition d’ouverture de l’Église catholique de Belgique ne la situe pas précisément dans cette frange-là. Et au sein du monde laïc, il se trouve heureusement aussi des gens de dialogue. Reste à mesurer leur poids…
